La quête des cols de plus de 2000 m par Bertrand Affres – 11 au 13 septembre 2025

Membre du club des cent cols, j’adresse chaque fin d’année au délégué régional (Jean-Yves JAMIN, de l’Hérault), avec la cotisation, la liste des cols franchis dans l’année, y compris les « cols fauteuils » : ceux grimpés dans le passé, mais non détectés à l’époque, faute de panneau ou d’indication sur les cartes routières, ou non encore listés par le CCC. On peut désormais les identifier grâce aux outils informatiques du site du CCC (« cartes et photos »). Aussi, entre ces cols, ratissés département par département, et ceux franchis ces derniers mois, au gré des randonnées, je totalise, fin 2024, 754 cols déclarés au CCC, mais, du fait de la règle des cinq cols de plus de 2000 m d’altitude tous les cent cols, je ne peux dépasser la barre des 800, n’ayant passé que 35 cols à plus de 2000 m ! De ce fait, je dispose d’une « liste d’attente » de cols franchis et non encore déclarés. En 2024, j’avais pu « débloquer » une partie des cols de cette liste d’attente, en effectuant, fin juillet, une journée de VTT sur la piste franco-italienne de la route du sel, en partant du village de Tende, en grimpant au col de Tende par la piste dite des 46 lacets (en fait une soixantaine de virages), et en avançant vers l’est, avant de revenir à Tende par le même chemin, soit 66 km à la modeste moyenne roulée de 9 km/h (vu la difficulté de pistes aux nombreux passages empierrés), et 5 cols de plus de 2000 m franchis (j’avais loupé, au passage, le col Plane, et n’avais pas eu le temps d’aller jusqu’au col de la Vieille Celle : s’il « fait toujours beau au-dessus des nuages », ceux-ci, plus hauts vers le Mercantour, annonçaient l’orage), dans un paysage grandiose.

                      Il me fallait renouveler ce genre d’expédition, non seulement pour pouvoir homologuer les cols « en attente », mais aussi, si possible, pour atteindre un total de 50 cols de plus de 2000 m, ce qui me permettrait d’envisager d’atteindre l’objectif des 1000 cols sans avoir à invoquer la dispense de la règle des 5/100 pour les plus de 70 ans (dans trois ans…). Or, en ce début septembre, une occasion se présenta pour organiser une expédition vers des cols mythiques, auxquels je rêvais depuis des décennies, notamment ceux de la piste de l’Assietta, et le fameux Parpaillon. En effet, j’avais envisagé, comme presque chaque année, de découvrir le « 1000 du Sud », organisé par Sophie MATTER, à partir du 7 septembre. Mais, en étudiant, découpant et réétudiant le parcours et ses 20500 m de D+, et en analysant mes piètres moyennes roulées en montagne ces dernières années (notamment sur les « super randonnées » !), je finis une nouvelle fois par me rendre à la raison : ce genre de galère n’est plus de mon âge ! La semaine 37 se trouvait donc disponible, avec un retour du soleil en fin de semaine, après des pluies en début.

                      En conséquence, je pris, en voiture, la direction du Briançonnais, avec dans le coffre un vieux VTT de marque Orbéa, âgé de plus de trente ans, avec lequel j’ai beaucoup roulé avec mon fils, et un peu moins désormais avec mes petits-enfants. Il est évidemment doté de freins à patins, et de pédales simples, nécessitant l’utilisation de baskets, ce qui a l’avantage de pouvoir mettre pied à terre sans risque de chute dans les passages périlleux, en montée comme en descente. L’engin n’est guère fiable, avec notamment un dérailleur faussé du fait d’une chute il y a une vingtaine d’années. La selle est un peu fendue et j’ai fixé d’épais plastiques sur les poignées du guidon, dont le caoutchouc est fondu. Le pédalier a un jeu significatif et, par moments, un bruitage inquiétant. Ce VTT n’a d’ailleurs jamais vu un vélociste ! Cependant, j’ai changé les pneus il y a une dizaine d’années et bien graissé la chaine avant le départ ! Il est évident que, si je ne roulais pas en solo, je ne prendrais pas un tel engin, au risque de retarder mes compagnons en cas de défaillance matérielle ! 

                       Partant du Var le jeudi 11 septembre, j’arrivais en début d’après-midi dans les lacets de la route menant à la station de ski de Risoul, au-dessus de Guillestre et laissais la voiture à environ deux kilomètres du bourg. Après être monté jusqu’à celui-ci, à 1800 m d’altitude, je finis, grâce aux renseignements de gardes forestiers en 4X4 (j’ai un compteur Bryton, mais je n’ai pas su activer sa fonction GPS), par trouver la piste menant au col de Chérine (FR-05-2270). Elle était à peu près cyclable et je n’ai eu à monter à pied qu’à deux ou trois reprises, dans des parties trop caillouteuses ou en dévers. Une fois au col, je descends en sens inverse sur quelques centaines de mètres et remonte sur une piste, à droite, qui part vers le S-E. Après environ 1,5 km, c’est le passage du col de Valbelle (altitude 2372), puis, après la même distance, on franchit le col du Vallon (FR-05-2466b). Enfin, après une hésitation et un demi-tour, je trouve la piste qui passe dans un petit tunnel pour redescendre légèrement, sur moins de 500 mètres, sur le col des Saluces, à 2444 mètres d’altitude. Les remontées mécaniques sont nombreuses sur cette crête, avec au Nord le domaine de Risoul et à l’Est celui de Vars. Après les pluies récentes, un doux soleil de fin d’été est revenu. Au col des Saluces, je contemple la vue vers la vallée de la Durance, à l’ouest, puis fais demi-tour. La descente vers Risoul se fait sans difficultés. Les freins font un boucan épouvantable, avec l’avantage de signaler mon arrivée, mais il n’y a pas grand monde sur la piste (mais j’apercevrai, au cours de ces trois jours, des marmottes aux alentours) et dans la station en cette fin de saison. De retour à la voiture, après 21 km et 805 m de D+, à une moyenne roulée de 8,5 km/h, je pars vers Briançon, où l’hôtel « Interhôtel » m’accueille. C’est un établissement un peu vieillot, mais d’un excellent rapport « qualité-prix ».

                      Il n’assure malheureusement pas la restauration, à l’exception du petit déjeuner, pris à 7H ce vendredi 12 septembre. Il fait à peine jour. Une heure après, je suis en voiture sur la route de Montgenèvre. Il fait froid et humide, mais le ciel est bien bleu. En bas de la station je me gare sur un grand parking désert, m’équipe et démarre peu avant 9H, en tenue chaude : jambières, gants et bonnet d’hiver, coupe-vent et chasuble. Le sac à dos est plus lourd qu’hier ; outre les chambres à air, pompe et goretex, il y a pas mal de ravitaillement, une bouteille d’eau (en plus du bidon) et un éclairage avant performant, en cas de retour nocturne. Après quelques centaines de mètres, c’est le passage du col de Montgenèvre (FR-05-1850). 12 mètres de D+ s’affichent au compteur : il est évident que je n’aurais pas déclaré ce nouveau col si je n’avais pas grimpé, ce soir, le versant italien. Voici l’obélisque édifié en 1804. C’est la ligne de partage des eaux : bassin de la Durance d’un côté, Doire de l’autre, se dirigeant vers le Pô et l’Adriatique. La frontière est un peu plus bas, dans la descente, avant le village italien de Clavière. Elle a été déplacée après le traité de Paris de 1947, qui a notamment acté l’annexion du Mont Chaberton, théâtre, en juin 1940, d’un épisode fameux de la bataille des Alpes, avec la neutralisation rapide, par nos artilleurs, des batteries de gros calibre italiennes situées sur ce mont fortifié. Comme beaucoup de villages et hameaux des Alpes piémontaises, d’Aoste à Pignerol, Clavière a un nom français. Sa traversée est obligatoire pour les vélos : la route S24 passe par un tunnel. Un peu plus loin, un second très long tunnel doit être évité en prenant l’ancienne route, en corniche, dotée de nombreux paravalanches, encore bien macadamisée et évidemment libre de toute circulation automobile. Je suis vite en bas, à Cesana Torinese et attaque le col de Sestriere. Après un kilomètre, j’ôte les effets d’hiver et poursuis la montée « en court », sous un soleil de plus en plus chaud. J’ai bien fait de m’enduire de crème solaire, vu la force du rayonnement en altitude. En contrebas, dans la vallée, j’aperçois la petite route qui, par Sauze, mène également à Sestriere : 2,5 km en plus, avec une côte finale plus raide. Là encore, j’ai bien fait d’opter pour la grand-route, à la pente plus régulière, d’autant qu’il n’y a presque pas de circulation. Je finis par apercevoir Sestriere et ses immeubles. La station a été créée au milieu des années trente… Elle a été le lieu de nombreuses arrivées du Giro (souvent, depuis quelques années, après le franchissement préalable du colle delle Finestre) et du Tour de France. On peut citer la trilogie sulfureuse des années quatre-vingt-dix, avec les victoires de l’« homme bionique » (ainsi que Claudio se définissait lui-même), en 1992, de « Monsieur 60% » en 1996, et du fameux AMSTRONG en 1999 ! Sestriere a également vu passer à de nombreuses reprises les coureurs du Giro, en particulier lors de l’exploit historique de Fausto COPPI, le 10 juin 1949 (« l’étape du siècle ») : 200 km d’échappée entre Cuneo et Pinerolo, par les cols de Larche, Vars, Izoard, Montgenèvre et Sestriere, reléguant le second, BARTALI (vainqueur du Tour de France l’année précédente, notamment) à près de 12 minutes !

                      Un tantinet moins aérien, je finis par me hisser au col de Sestriere (IT-TO-2024), après 11 km de montée pour environ 680 m d’élévation depuis la vallée de la Doire Ripaire. Après les quatre cols d’hier, voilà un cinquième « plus de 2000 », permettant la validation d’une centaine de cols ! L’expédition est d’ores et déjà en partie réussie ! L’absence de cales aux pédales et le sac à dos ne favorisent guère la vitesse, qui oscillait entre 5 et 8 km /h. Je cherche un point d’eau dans la station quasi déserte, et je trouve une belle fontaine sur ma route, permettant de bien boire et de faire le plein du bidon et de la bouteille qui leste le sac à dos : il n’y aura plus de sources sur la piste de l’Assietta. Grâce à un repérage préalable sur internet, je trouve sans problème son commencement : il faut quitter Sestriere, puis remonter à gauche en lisière de l’Est de la station, avant de prendre à droite la SP 173. Les premiers hectomètres redescendant vers un pont sont encore bitumés, puis c’est la piste, de plus en plus médiocre. En 6 km et environ 400 m d’élévation, on arrive au col Basset (IT-TO-2424), après être passé au Colletto di Costa Treceira que je pensais comptabiliser, à tort, comme je m’en apercevrai au retour dans le Var : cet endroit ne figure pas dans la liste des cols du CCC ! La montée a été pénible, et j’ai dû marcher trois ou quatre fois sur de courts secteurs trop raides et caillouteux. Les effets de l’altitude se font un peu sentir ! En haut, j’effectue une pause assez rapide pour m’alimenter, comme je le ferai à plusieurs reprises, alternant le salé (chips, cacahuètes…) et le sucré (lait concentré, canette de Gerlinéa, madeleines, bananes, pâte d’amande, chocolat…). Après une petite descente, voici enfin quelques hectomètres de plat ou de faux-plat, avec une piste un peu meilleure et, au bout de 3 km, le col Bourget (IT-To-2299a). 

Pour résumer ce parcours, citons Georges ROSSINI, et la présentation qu’il faisait de ce secteur de sa légendaire randonnée alpine Léman-Méditerranée (Antibes-Thonon-les-Bains) : « les crêtes de l’Assietta ! Le point fort de la randonnée. Par beau temps, sur une ancienne route militaire, serpentant sans cesse entre deux vallées, dans une symphonie de bleu et bistre, entre 2000 et 2600m, c’est la plus belle promenade qu’il est possible d’effectuer dans les Alpes. »  Je pense bien à lui dans ces lieux. Je l’avais connu en 1978 : nous étions, comme tous les ans en août, en location à Thonon-les-Bains, où j’arpentais les cols des environs. J’avais lu dans le « Dauphiné libéré » un article sur le brevet cyclo-montagnard du Chablais et j’avais contacté l’organisateur. Georges était venu m’apporter les cartons des deux branches de ce beaux brevet et je me souviens qu’il m’avait longuement parlé de son activité de « cyclo-muletier », précurseur du VTT ! J’allais avoir vingt ans et ce fût mon premier brevet FFCT. Je le refis vingt ans après, puis quarante ans après, en 2018 et eu la chance de revoir Georges, chez lui, au-dessus d’Evian, quelques mois avant son décès. Je pense aussi à Jacques MARIE, président du CTV Sceaux de 1984 à 2009, hélas lui-aussi décédé, qui, avec Jacques SERRON, le plus ancien cyclo actuel de notre club, a effectué les quatre randonnées (alpines et préalpines) (organisations aujourd’hui abandonnées) de Georges ROSSINI, et était donc passé sur cette piste en vélo de route, il y a une quarantaine d’années. Actuellement, je me demande comment on pourrait le faire, à moins de marcher sur une bonne moitié du parcours ! D’ailleurs, la dernière version de Léman-Méditerranée délaissait la piste de l’Assietta : après le passage du col de la Finestre, il fallait descendre directement dans la vallée, en récupérant ainsi assez vite le bitume, avant de remonter sur Sestriere, à l’instar des étapes du Giro.

                      Avec ces pensées et souvenirs, je poursuis cahin-caha la progression vers le N-N-E. Après le col Bourget, à près de 2300 mètres, les cols se succèdent, leur altitude indiquant le caractère accidenté de la piste : après 2 km, colle di Costapiana (IT-TO-2313), 4 km plus loin, colle Blegier (IT-TO-2381), après 3 km, colle del Lauson (IT-TO-2497a), 1 km plus loin, Colle (IT-TO-2490), avant d’arriver au terme de cette moisson, 4 km plus loin, au colle dell’Assietta (IT-TO-2474). Auparavant, il a fallu franchir un python rocheux, la « Testa dell’Assietta », à plus de 2500 m d’altitude, point culminant du périple de ce jour.

On distingue au sommet (2566 m) un obélisque surmonté d’un aigle de bronze : il célèbre la victoire, le 19 juillet 1747, des troupes du roi de Sardaigne (et duc de Savoie) sur les régiments français, qui, voulant avancer vers Turin, attaquaient la crête avec un avantage numérique de deux contre un… avant de se replier en laissant 5000 morts sur le terrain (contre une petite centaine de sardo-piémontais), dont leur général en chef ! Il s’agit d’une des plus grandes défaites de nos armées, en termes de rapport de pertes ! Cet affrontement de l’Assietta est l’une de la cinquantaine de batailles de la « guerre de succession d’Autriche » (dont la fameuse bataille de Fontenoy) qui se déroulèrent durant presque huit années en Europe, mais aussi en Amérique et en Inde, entre des coalitions fluctuantes réunissant la plupart des états européens (qui reprirent leurs affrontements huit ans plus tard, lors de la « guerre de sept ans » (1756-1763) ! Je songe à ces soldats qui ont hissé leur artillerie à ces altitudes, au temps des « guerres en dentelles », bien mal nommées, qui ont terni le prestige de la Monarchie française. Depuis ce point culminant de la piste, une descente difficile mène au col de l’Assietta.

Au col, il y a un peu de monde : des motards, souvent allemands, deux véhicules « tous terrains », et même un cycliste tractant une carriole dans laquelle se trouve un chien ! Peut-être va-t-il découvrir le col Basset ! On voit bien la piste qui descend vers celle du colle delle Finestre, distant de 14 km : trop loin pour y aller. Je vois également le chemin qui monte plein Est sur la montagne : il y a, en l’empruntant, possibilité d’ajouter trois nouveaux cols à environ 2550 mètres d’altitude, le « Gran Serin », le « Vallon Creux » et le « Colle delle Vallette », distant seulement de 5-6 km. Mais ces kilomètres semblent très difficiles et il est déjà 14 heures. J’ai mis plus de cinq heures pour effectuer 45 km ! Aussi, après une courte pause pour prendre la photo et ingurgiter quelques calories, je rebrousse chemin, remontant vers la Testa dell’Assietta et reprenant intégralement le chemin de l’aller. Je ne me lasse pas de ces paysages magnifiques, avec des perspectives différentes en sens inverse. La partie de la piste surplombant les vallées de la Doire et de la Bardonecchia (vers le tunnel de Fréjus), vers le N.O, est, sur un à deux kilomètres, un peu plus roulante. Des nuages blancs couvrent progressivement l’horizon, à l’Ouest : le mauvais temps est annoncé pour demain, mais il fait encore chaud, malgré l’altitude, avec ce soleil de fin d’été. De retour au col Basset, je mets le coupe-vent pour la descente, tout d’abord assez scabreuse, sur Sestriere. Je fais quelques arrêts et marche sur quelques dizaines de mètres pour soulager mains et dos : en effet, vu le pourcentage et la pierraille, je freine énormément, ne prenant aucun risque. Enfin arrive le bitume, puis les premières maisons de Sestriere. Après une courte remontée, je m’arrête, comme à l’aller, à la fontaine pour reconstituer en partie ma réserve d’eau. Puis c’est la belle descente sur Cesana Torinese. Là, à 1344 m d’altitude, c’est parti pour la dernière grimpette : les 500 m de dénivelée en 9 km du col de Montgenèvre ! Je double un peloton étiré d’une trentaine de marcheurs, « migrants » africains qui attaquent eux-aussi la montée, sans doute pour franchir la frontière par des sentiers, une fois la nuit tombée. Comme à l’aller, il y a peu de circulation, puis plus du tout sur la déviation d’évitement du grand tunnel. La traversée du village de Clavière est évidemment plus lente qu’à l’aller, et je peux voir les beaux hôtels de cette station. Enfin, voici la France, puis le col de Montgenèvre, finalement le seul de moins de 2000 mètres qui aura été franchi au cours de ces trois jours. Je m’apercevrai, au retour dans le Var, que j’aurais pu aller passer le « Collet » (FR-05-1856a), à un kilomètre du Montgenèvre, pour seulement 6 mètres de dénivelée supplémentaire ! Dommage ! Je rejoins le parking toujours aussi désert que ce matin, puis l’hôtel de Briançon, après avoir parcouru 90 km à 10,1 km/h de moyenne roulée, pour une D+ de 2461 mètres.

                      Au réveil, le lendemain, je commence par regarder le ciel nocturne : la lune est là, un peu voilée. La météo d’hier soir a confirmé l’arrivée de la pluie, venue du Sud. Mais elle ne devrait toucher les Hautes-Alpes qu’en fin de matinée. Je n’annule donc pas le dernier parcours prévu, le « pèlerinage du col de Parpaillon » et me hâte au petit-déjeuner, à 7H, accélérant ensuite les préparatifs pour démarrer au plus vite, en direction du Sud. Après une bonne heure de route, je remonte l’étroite vallée du Crévoux, passe sous le village du même nom et me gare au hameau de La Chalp sur un grand parking aussi désert que celui d’hier. Il est près de 10H lorsque je m’élance sur la D39T. Après une courte descente, la route s’élève dans une forêt. J’ôte assez vite le coupe-vent et grimpe « en court », avec l’ancien maillot du CCC. Le ciel est bien nuageux, et on est déjà à près de 1600 m d’altitude, mais l’effort réchauffe ! Passé un petit pont, après environ 2 kilomètres, le macadam laisse place à la piste, de plus en plus raide et pierreuse. Comme hier au col Basset, je mets parfois pied à terre, surtout dans les virages à fort dévers et à gros pourcentage ! La forêt s’éclaircit et je progresse lentement dans les alpages. Il y a encore plusieurs troupeaux de vaches, passé 2000 mètres. Plus haut encore, j’apercevrai une marmotte. Je croise un 4X4, et quelques motos, au retour. Le paysage est somptueux et, la pente se faisant moins raide, je peux mieux l’apprécier. Je marche encore parfois, pour passer une clôture électrique amovible, barrant la piste, puis, plus haut, pour passer à gué un torrent. Un couple sur VTT électrique me double à proximité du fameux tunnel du Parpaillon (FR-04-2637), qui finit par apparaître au détour d’un virage. Il est presque midi, et je suis enfin arrivé dans ce lieu rêvé depuis des décennies ! Je songe à la grande époque du cyclotourisme, qui a dû se terminer avec les années 70, celle du « rallye du Parpaillon », narré notamment dans la revue du cinquantenaire du CCC (2022) (page 35) par Alain COLLONGUES : départ de Gap, passage du col de Vars, grimpée du Parpaillon par l’autre versant (Est), traversée du tunnel sombre et humide, descente sur Crévoux et Embrun et retour sur Gap. 500 cyclos avaient réalisé cet exploit en 1970. Alain conclut ainsi son récit : « Jamais cette merveilleuse journée n’a quitté mon souvenir. Jamais les Alpes ne m’ont paru si belles ». Hélas, le tunnel est désormais condamné et, comme Antibes-Thonon, le rallye du Parpaillon a disparu. Les « cyclosportives » ont désormais plus de succès !

Dans la même revue 2022 du CCC, un autre grand cyclo, Henri BOSC, évoque (page 114) ce rallye 1970, parlant d’un « chemin entièrement cyclable des deux côtés, de bout en bout (du moins en 650) ». Là encore, les temps ont bien changé et la piste est si ravinée que, même en VTT, la montée est parfois acrobatique et la descente périlleuse. Henri BOSC rappelle que le col avait été ouvert en 1911 par le Génie militaire, mais qu’il avait été fréquenté par VELOCIO dès 1903. Sa fermeture actuelle a pour avantage de limiter le trafic motorisé. Pour les VTT, il y aurait la possibilité de franchir la crête par le col du Parpaillon (FR-04-2783), 146 mètres au-dessus du col du tunnel, par un petit sentier escarpé, mais ce ne sera pas pour aujourd’hui ! Je m’alimente et mets tous les vêtements emportés dans le sac à dos : coupe-vent, gants et casquette d’hiver, jambières, et même le goretex. Bien m’en a pris, car après quelques centaines de mètres dans la descente, les premières gouttes de pluie froide arrivent ! Cependant, j’ai bien repéré, en contrebas, le petit chemin menant, à travers les alpages, au col du Girabeau (FR-05-2488b). Après 2-3 km de descente et avoir repassé le gué, je prends, sur la gauche, vers l’Ouest, ce chemin où je slalome entre les bouses de vaches. Au bout d’environ 6 à 700 mètres, couverts à 90% en poussant le vélo, je parviens au col. A l’horizon, sous les nuages de pluie, la vue sur le lac de Serre-Ponçon, au loin à l’Ouest, est magnifique. Je ne m’attarde pas au col, le quatorzième de plus de 2000 mètres grimpés au cours de ces trois jours, et le dernier de cette année 2025, ce qui portera mon total à 844, dont 49 de plus de 2000 mètres. De retour sur la piste, après cet intermède d’une vingtaine de minutes, je poursuis la descente, de plus en plus pénible. Comme hier, j’effectue quelques pauses décontractantes, en marchant sur quelques dizaines de mètres. Enfin, après le pont, à la « cabane des espagnols », revoici le macadam, bien mouillé par la petite pluie qui persiste. La boue accumulée sur les pneus est projetée, et mes freins font un tintamarre contrastant avec le silence de la vallée ! Je suis de retour, vers 13H15, à la voiture, après 23 km à 7,8 km/h de moyenne roulée (!!) et 1003 m de D+.

                      Après une rapide collation, je prends la route pour le Var, rencontrant une pluie de plus en plus intense, particulièrement heureux d’avoir enfin accompli ces balades dans ces hauts lieux du cyclotourisme.