PBP2019 selon Cherif, « … et soudain le silence total au milieu des arbres » (récit)

Dimanche 16h45, à peine parti de Rambouillet, le trac à son maximum, le peloton parti sur les chapeaux de roue, le public sur le bord de la route chauffé à blanc, vers le 10e km, je sens une gêne au niveau du pédalier comme si ma câle de chaussure était desserrée. Juste un après un rond point, je me dis que finalement ce n’est rien, ça va et je dis à Patrick en rigolant, je sens que tu es chaud. A peine j’ai fini ma phrase, qu’il doublait le groupe. Qq centaines de mettre plus loin à une allure phénoménale, j’ai appuyé un peu sur les pédales. Le pédalier se desserre et je me retrouve avec la pédale gauche perpendiculaire à la droite. Impossible de pédaler. A peine le temps de me rabattre sur le côté droit avec tous ces acharnés qui filent. Et là plus personne, tout le groupe D parti à 16h45 est passé et soudain le silence total au milieu des arbres.

Je commence à ouvrir ma sacoche pour trouver une clé Allen et tenter de remettre cette satanée pédale à l’endroit. Et là une voiture grise qui arrive à mon niveau et miracle Jean-Paul est là. Il faisait un repérage de course, pas loin de Condé et a reconnu le maillot du club. Sans hésiter, il m’aide à embarquer le vélo, direction le stand Culture Vélo à la bergerie de Rambouillet. Arrivés, garés, je cours vers le stand. Le mécano, me dit que les dents de la pédale ont pris. Je lui rétorque que je n’ai rien à perdre, qu’il serre au maximum, on verra, et promis pas de danseuse dans les bosses, on pédalera souple promis. De toute façon, c’est soit ça, soit je rentre à la maison. Il m’a dit rappelez-nous pour nous dire, si ça a tenu.

Avec Jean-Paul, on recharge le vélo et on ressort du parc bondé. Il me ramène gentiment jusqu’au km 11, on se cache un peu dans un virage et je remonte sur le vélo. Merci Jean-Paul pour le coup de main.

Je me retrouve dans le groupe H (celui de 17h45), donc environ 1h de perdu en tout, ce qui est vraiment pas mal du tout. Allez on garde l’espoir, c’est juste un petit pépin, restons positif.

Devant moi, une communauté de Japonais, Thailandais et autres internationaux que je commence à doubler sans trop de difficulté. Et là un belge me double à une belle allure, je m’accroche derrière. Il porte la lettre I (18h). Il m’a l’air pas mal, un peu trop rapide, mais c’est ce qu’il faut. En plus, il est bien, il a le M d’Iron Man tatoué sur le mollet droit. Il doit être du genre à faire du spécifique sur un home trainer Element Bolt avec des capteurs partout. Il envoie bien. Jusqu’à Longny, il m’emmène. On double une palanquée de vélos spéciaux (du groupe F de 17h15). Je profite d’un répit de 3mn où il parlait flamant avec qqun qui l’a reconnu pour engloutir 3 barres, je transpire, je suis lessivé. Merde, il repart déjà. On ne le lâche pas.

Arrivé à Longny, les bosses commencent, j’en fais deux trois derrière et je rends les armes. Je trouve un Sarthois, qui me parle, il est parti ton copain belge? j’ai avoué que dans les bosses, il était juste impossible à suivre. Il a souri, on roule ensemble à un rythme soutenu jusqu’à Mortagne.

J’arrive à Mortagne et viens me rappeler du conseil de Pierre B de ne pas s’arrêter à Mortagne. Je mange mes lentilles et riz complet à la coriandre cuisinés le jour même sur le pouce. Ce sera le dernier plat relativement sain que je mangerai pendant les 3 prochains jours.

Je suis réconforté de rencontrer Bertrand (du groupe G) il a rempli ses bidons, on discute un petit peu et on repart à qq minutes d’intervalle.


Mardi matin, vers 10h et après environ 5h de vélo, il commence à faire chaud, il est temps de s’arrêter et de débâcher. Je m’arrête devant une boulangerie pour me ravitailler et je suis abordé par un septuagénère et son épouse tout souriants. Il engage la discussion, je lui avoue que c’est vraiment dur. Il me dit qu’il l’avait fait en 1987 et il me détaille la suite du parcours. Je m’affairais à enlever qq couches de vêtements et les jambières. On échange un peu et son épouse me voyant pressé, le tire discrètement par le bras en lui demandant de me laisser. Il était content de voir un coureur traverser son village. Ils me souhaitent bonne route. Il suffit de qq mots échangés pour se requinquer et effacer des heures d’effort.

Un sourire, un merci aux bénévoles. Ils font un travail extraordinaire et nous permettent de vivre pleinement notre passion. Sur les bords de la route, des particuliers sont aussi là, souvent en famille, ils sont contents de nous voir et nous accueillent dans leur région. Souvent, nous offrent café et gâteaux pour se regénérer. Nos performances physiques n’ont rien de celles des coureurs du tour mais ils nous admirent quand même.


En roulant le mardi après-midi avec un petit groupe assez cosmopolite, un Danois, un Chinois, un Belge, deux Canadiens et deux Anglais (ou Irlandais vu leur accent), on faisait des relais. Le belge était très sympa, il m’a raconté un mille qu’il avait fait l’an dernier chez lui pour se pré-qualifier au PBP. Pour préparer son PBP il a regardé une trentaine de vidéos sur Youtube d’un certain Eric Norris (aucun lien avec Chuck). Puis il s’est arrêté à un village avant Tinténiac pour dormir à l’hôtel.

J’ai perdu les deux Anglo-saxons et le Canadien au moment où on a décidé de s’arrêter vers 20h30 pour s’habiller et là l’arrivée jusqu’à Villaine était vraiment difficile. Les bosses s’enchaînaient dans le noir et le froid. Tous les supporters sont au chaud chez eux. Aucune hésitation, cette nuit, je dors à Villaine au chaud. Avec l’ennui à Hardranges, j’ouvre l’appli et je vois que Serge, Lionel et Jean-Luc sont sur place. Mais serons-ils encore là quand j’arriverai?


Mercredi matin, entre Mortagne et Dreux, le terrain est plat, toutes les bosses sont derrière nous, mais le vent est de face. Je me retrouve dans un peloton d’Allemands avec un tandem et une dizaine de coureurs jeunes pour la plupart. Le peloton roulait de façon régulière sans à-coups. Le coureur du tandem accompagné de son épouse, donnait des instructions pour placer les coureurs. J’ai pris un relais deux ou trois fois avec eux et traversé qq villages. Malgré la monotonie de la route, le rythme était parfait au niveau intensité. En revanche, avec eux, on s’arrête à tous les stops jusqu’à ce que le leader dise « Frei ».

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