Denis Scala :1000 du Sud 2025 – l’Édition de la Lune

Dimanche 7 septembre 2025, ça discute sur le camp de base.

Aux habituels échanges, c’est quoi ton découpage ? Où tu dors ?, etc

s’ajoute l’info des derniers jours : l’accès à Queyras sera coupé en journée. Un créneau de passage prévu pour mercredi avant 8h30 ou après 13h. Exceptionnellement Sophie a autorisé un départ anticipé lundi 5h.

Je vérifie : a priori aucun impact sur ma feuille de route ; je garde donc le départ 7h.

Un neveu de Sophie, assisté des randonneurs allemands, prépare et sert un excellent et copieux dîner.

20h, premier départ avec la presque totalité des français.
Il est peu probable qu’ils puissent admirer l’éclipse de lune quasi-totale de ce soir, bien visible depuis le camp de base.

Ils sont partis, on discute un peu et go dodo dans mon C8 organisé pour bivouac.

Lundi 8 septembre 2025 –  7h la cloche sonne. Départ !

Ça part rapide comme attendu. Je suis le groupe de tête puis, rapidement, en moins d’une heure, je laisse partir.

Je suis seul, c’est le 1000 du Sud mon gars ! il fait beau ça va être top.

La route de départ emprunte le tracé retour de l’année dernière. Lac de Sainte-Croix traversé avant 9h. C’est beau et tranquille.

Ça grimpe de manière masquée, avec de petits pourcentages, mais tout de même. Plateau de Valensole. Il n’y a pas de circulation.

Je suis rattrapé par Sacha. On fait quelques km ensemble. Il passe devant, puis repasse derrière car il s’arrête souvent à la recherche de fontaine ; il a besoin de bcp boire.

Premier contrôle à Fontienne.

Des personnes me voyant chercher autour de l’église m’indiquent un point d’eau.

Je transmets à Sacha qui arrive.

Je repars, et je retrouve Pascal B qui me demande de le photographier devant le panneau de Fontienne car son tel est totalement déchargé. 

Il est ennuyé par ce tracas inhabituel et de devoir s’arrêter pour recharger son téléphone.

Il est midi maintenant, il faut alimenter le cyclo.

Un morceau de fromage à la découpe fera l’affaire à Saint-Etienne-les-Orgues.

Je peux payer en sans contact ? Réponse de la commerçante : « Aujourd’hui oui, mais mercredi non ». (Mouvement de contestation national du mercredi 10 septembre, avec grève des paiements par carte). In petto : pas grave ; mercredi je serai en Italie.

Je repars rapidement.

14h à Ongles, j’avise une terrasse. Trop tard pour le dej. Je prends deux desserts, un soi-disant tiramisu (avec vaguement du mascarpone sur de la crème de marron et sans café !) et une part de tarte sans goût ( «  il restait de la salade de fruits alors j’ai fait une tarte ») . (Demandez moi l’adresse pour ne pas y aller).

Peu importe, ça repart, le plat principal de cette première journée va arriver et à Sault, je devrais bien trouver de quoi manger.

Sault 14:45

Effectivement, j’y retrouve Mathias, Walter, Peter et Sacha qui m’accueillent à leur table devant de belles portions de frites avec coca.

Je commande mon café-glace vanille-chantilly.

Quand il m’est servi, heureux, Walter saisit la chantilly « ah la mayonnaise pour les frites».

Je repars vite pour l’ascension. Sacha me double avant le chalet.

C’est agréable, il fait doux, il y a quelques cyclistes en cet après-midi. Arrêt boisson au Chalet puis je repars. Mathias me double et Walter reste dans mon rétroviseur.

On se retrouve au sommet mythique, heureux comme des gamins. Le morceau principal de cette première journée est passé. (

Ils remplacent leur maillot de corps par un sec. Pour ma part j’enfile juste une couche supplémentaire, gants etc et je descends.

Quel pied tout de même de descendre ! Je me souviens alors que c’est aussi pour ça qu’on grimpe.

À Malaucène je vois l’équipe de tête attablée (Gerhart, Stutz, Mathias, Michael et Eva), Christian a déjà pris ses distances et est parti devant.

Restent 20km. Je file vers mon appart qui m’attend à Buis les Baronnies.

Pierrelongue, la chapelle Notre-Dame de la Consolation de haut, me souhaite une bonne arrive.

Étape 1 – 224km – 3800m

Accueilli par un vieux couple ; la chambre d’hôte est juste à l’entrée et attenante à la cuisine.
Les instructions me sont données, le petit dej déjà installé. Impec, je suis autonome, je peux partir en quête de mon dîner. Oui il y a de nombreux restos autour de chez nous me disent mes hôtes. Sauf que nous sommes lundi; le micro centre-ville est mort. Sur six restos, un seul ouvert et complet. Aïe Je googlemap, et trouve une brasserie avec terrasse où je retrouve Peter, Mathias et Walter, ils n’ont pas encore commandé. Ils m’invitent à leur table. Dîner rapide et efficace, on échange, on est bien, chacun sur son tel.

Ils prévoient de rouler cette première nuit. Les prévisions météo ? Oui la pluie va passer cette nuit et demain, sans plus de précision.
Pendant notre dîner, arrive le couple allemand en tandem (Ils finiront dans les temps !).

La chambre est collée à un débarras-chaufferie et ça sent fort le gaz.
Endormi vers 21:00, réveil mis à 1:00. Plus de 3h30 de sommeil pour la première nuit, c’est bien. 

J2 mardi 9 septembre 2025 Départ 2:00

Tout est mouillé. Nuit sombre, très nuageuse ; la lune est absente. J’ai évité la pluie. Pensée pour les randonneurs nocturnes qui ont probablement dû s’abriter.

Petite déconvenue et surprise pour moi qui prépare tout sur ma feuille de route. Le premier contrôle au col Soubeyran est en fait précédé par un autre col ; le col d’Eu. Petit comme son nom mais bien réel. Petit retard sur mon plan de route.

4:10 :

Petit coup de mou vers 5h, j’avale une pâte de fruit.

Je me débarrasserais bien de quelques déchets. Dans la nuit, j’aperçois des poubelles sur le bord de la route, je m’y dirige et tape un trottoir invisible, culbute et me retrouve sur le dos.

Bigre, le con. Rien de méchant, juste un rappel de vigilance et micro bobo au coude. bien bien bien. Pendant que je me remets les idées en place, un cyclo passe dans la nuit.

Toujours au sec jusqu’à présent.

Le jour se lève, à Luc en Diois, arrêt fontaine.

Boulangerie ouverte, j’hésite, mais pas de boisson chaude. Je continue.

8:00.

À Châtillon en Diois, je vois la bande Stutz, Gerhard, Michael, Eva, etc autour d’un bar.

Ce sera mon arrêt capuccino avec biscuits de sacoche. Je vois le groupe repartir.

Dans ce village tranquille la patronne du bar a été « secouée » me dira-t-elle par « tout ce groupe » débarqué dès l’ouverture de son établissement. Devant moi, je regarde une navette déposer / chercher des écoliers.

Ce mardi l’atmosphère est très humide après les orages, je roule enveloppé de lavande.

J’hésite à partir à droite, et non ! … pas le genre de la maison ; faut monter au col de Menée,

(oui le vélo développe l’humour subtil)

10:00 Col de Mené et son tunnel vers le Trièves.

Je roule seul. Chouettes paysages, faible (voire très faible) circulation.

11:15 Je cherche à me ravitailler à Mens. Une boulangerie propose friand fromage et quiche bien grasse ; délicieux. Je prends un Perrier au bar en face et ça repart pour le col de St Sébastien.

Petit passage à gué de la Souloise et très belle petite route vers le lac du Sautet (alimenté par le Drac).

Après Ambel je me déshabille, enfin la chaleur.

Bientôt 13:30 passées, je m’inquiète pour mon déjeuner.


Passe le Drac pour récupérer la N854 et la civilisation.

Quelques centaines de mètres sur la nationale et je vois un restaurant. J’y fonce ! Il est 14:03

  •  La cuisine est fermée. Désolé
  • Aïe, Vous n’avez rien à réchauffer au micro-onde ?
  • Attendez, ok pour le plat du jour en direct
  • Yes ! Avec crème brûlée ? Nickel.

Feuille de route respectée. Tout se passe comme prévu.

Ce début d’après-midi le ciel est radieux.

17:20 Col de Moissière.

Restent 80km dans le Champsaur pour aujourd’hui.

Les nuages s’amoncellent.

Ça gronde au loin. Ça pleut fort devant.

Pour l’instant, le vent pousse ce déluge devant moi.

18:50 Saint Apollinaire.

Yapuka descendre vers Embrun sous un ciel chaotique et splendide.

Quel timing de rêve ; le sol est trempé, les pieds mouillés mais le cyclo est sec et il ne me reste qu’à trouver un resto. Je googlemaps un resto asiatique.

Il est Thaï et ne fait pas les gyosas que j’apprécie en rando mais des raviolis frits excellents. J’ai ma soupe. Je suis aux anges.

Et voilà qu’un cyclo me rejoint; attiré par mon vélo à l’extérieur. C’est Woban qui s’attable avec moi. Le plaisir des rencontres imprévues. Il repartira pour rouler et dormir « qq part ».

À la sortie du resto la nuit est froide. J’appelle le loueur du rb’nb qui m’indique le chemin discret caché entre deux immeubles qui mène à l’appart à l’arrière d’un pavillon éteint. Je prends possession du logement assez spacieux.

Excès de confiance et fausse bonne idée : je nettoie mon cuissard. Il ne sera pas totalement sec demain matin ; petite ombre au tableau.

Étape 2 – 254km 5400m

Couché 22:00. Réveil à 2:00. Je me réveille 10min avant. C’est bon signe.

Petit dej avec soupe en sachet et restes de sacoches. Parfait.

Mercredi 10 septembre 2025 Départ 3:00

Humide et froid. Nuit sombre et nuageuse. La route est mouillée.
La motivation est au top pour cette grosse journée ; deux cols majeurs séparés par une longue transition italienne.

À Guillestre une famille de chevreuil en pleine ville s’enfuit à mon arrivée, leurs sabots dérapent sur le bitume mouillé.

Effectivement, Sophie m’avait prévenu ; dès Embrun ça monte ; la moyenne ne sera pas élevée…
Petit coup de mou à 6:00. À Château-Queyras je m’assoupis quelques minutes, adossé à un lavoir couvert.

42 km et quasi 1000m de D+ déjà.

À Château-Ville-Vielle j’échange qq mots avec Mickael qui part après avoir dormi à l’abri pour éviter de rouler trop sous la pluie.

6:30 la montagne se distingue maintenant. La vraie montée démarre. Il reste 1300m à gravir.

Je m’engage, et serai doublé par la bande ; Eva, Sacha, Gérhard, etc (Tiens ? Finalement ils étaient derrière ?

Une averse, je m’arrête pour bâcher, était ce utile ?

Le paysage est bien mystérieux, quasi fantastique, avec les nuages qui passent s’accrochent au paysage.

La montée au col est bien longue mais le spectacle vaut le détour.

Je saisis tous les prétextes pour m’arrêter ; ah il pleut ah il ne pleut plus, oh ça mérite une photo, tu n’aurais pas envie d’un gel ? Etc

9:30 le col Agnel !. Ouf enfin. Plus de 2000m gravis ce matin ; c’était bien long, et j’en ai bien profité !

Gros travaux de réfection de la chaussée et ça bouchonne au col !. Un camion benne prend une voie. Le camping car venant d’Italie et le flux venant de France doivent se serrer pour se croiser à 2740m d’altitude.
Stutz arrive au col avec Sacha et Michael. (Son pote Mickael est déjà passé)

Je prends bcp de temps pour m’habiller pour cette longue descente.

Il y a plusieurs cyclistes, hommes et femmes, de toutes nationalités.

Ah ! Quelle descente ! Paysage magnifique et temps sec.

Ça envoie !

Le petit dej à Sampeyre. Sacha et ? Sont déjà attablés et s’enfilent croissants et pains au chocolat. J’opte pour une pizza qui mettra longtemps à venir. Ce temps est utilisé pour me changer. Stutz arrive.

Je pars pour cette longue partie italienne. Je serai redoublé par Stutz, Sacha et Woban.

Je m’arrête le midi pour un resto asiatique (et oui encore) à Borga San Dalmazzo. Un long moment de solitude à essayer de se faire comprendre.

On m’a tendu une tablette pour passer la commande, je coche des ‘trucs’ mais tous les choix laissent mon « panier » à zéro. Ce n’est qu’après avoir épuisé deux serveurs qu’une troisième me programme la tablette en mode « commande à la carte » plutôt que par « menu fixe». Bref. J’ai eu mes nouilles, mes gyosas, ma soupe. Eh be.

Journée italienne pas folichonne ; temps couvert, ni chaud ni froid. Il est presque 16h. Et c’est parti pour la montée du Tenda.

Petite pluie. Au début de la montée, arrêt à un bar pour un café rapide. Un participant y reste ; il m’indique avoir besoin de se pauser.
Les lacets s’enchaînent en cette fin d’après-midi. C’est là qu’intervient mon assistant Bobby Lapointe ; l’intégrale dans les oreilles me donne de l’entrain.

Je vois dans les lacets inférieurs deux cyclos qui me suivent, ce sont Michael et Stutz.
Les nuages sont très bas, limite brouillard. Le paysage reprend un aspect fantastique avec ces forts militaires italiens abandonnés.

Le génie du timing a encore frappé ; il est 17:30 et le chalet refuge Le Marmotte est encore ouvert. J’ai le temps de prendre un thé et une part de tarte. Seul dans la salle. Moment suspendu.

Fin d’après midi, le vent est fort, il faut s’habiller.

Le Col de Tende (1865m) est superbe. Photos devant derrière à gauche à droite. Le lieu est désert et mérite tous les efforts. Les anciens bâtiments de défense italienne de fin 19e et début 20e dans la brume sur les crêtes donnent une atmosphère particulière au lieu.

Voilà maintenant la grosse partie gravel de cette édition devant moi (12km). 

Grandiose, je roule en cinémascope.

Je retrouve Sacha, Stutz,  Woban et et Michael.

Ils roulent avec précaution entre les cailloux. On se suit, se double et redouble jusqu’à la Baisse de Peyrefique, 180m plus haut que le col de Tende.

Le paysage est sauvage ; très très isolé. Très confiant envers mes pneus, je prends bcp moins de précaution qu’eux dans la descente et les lâche sur cette ‘route’ anciennement militaire, totalement défoncée, avec des nids d’autruches, jonchée de cailloux et agrémentée de restes de bitume d’un autre âge.

Le soleil est quasi couché.                              

Col de Brouis (879m) passé à 21:20,

Je fonce mais arrive trop tard pour dîner à Sospel. Il est quasi 22:00. La pizzeria ne me propose qu’une pana cotta (copieuse) et un tiramisu (excellent). Ça fera l’affaire. Je rejoins mon appartement facilement à deux pas. 2 ou 3  étages à gravir en portant le vélo. L’immeuble semble vétuste mais l’appart coquet. Grande et longue entrée parfaite pour poser le vélo et passer l’inspection quotidienne de la machine.

R.A.S.; lessive, douche, on recharge tous les usb, je programme le réveil à 2:30 et dodo à 23:15 !
Demain, enfilade de 3 cols sérieux.

Étape 3 : 248km 4800m

Réveillé 0:45 puis 1:22 puis 2:00 … je me lève avant le réveil.
Jeudi 11 septembre 2025 extraordinaire. Départ 3:20
On est de retour dans le Sud ; il fait sec cette fin de nuit.

Je m’engage sur le col de Turini. Après quelques lacets, j’observe le ciel étoilé et la lumière blanche de la lune. La lune éclaire largement la route. J’éteins mon phare. Ça passe. Je monte dans un paysage presque en noir et blanc. C’est assez fantastique. Seuls quelques véhicules croisés et les rares parties arborées m’obligent temporairement à rallumer le phare.

Petit arrêt technique avant les derniers lacets et une pause micro sommeil. Je repars. Sur ma droite, un cyclo assis dans la nuit sous les arbres, frontale allumée, somnole; je passe sans bruit.

Col de Turini (1607m) atteint avant 7h. Le jour se lève.

Je descends sur la Bolène-Vésubie de nouveau dans un décor magnifique,

Gros petit dej en boulangerie à Saint-Martin-Vésubie vers 9:00. Il fait un peu frisquet dans ce fond de vallée.

C’est parti pour le deuxième col du jour.

Le parcours passe le long du lit de la « rivière tueuse ». La tempête Alex, le 2 octobre 2020 a causé d’énormes dégâts sur cette vallée de la Vésubie et a fait 18 victimes.

De nombreux engins de chantier y travaillent dans son lit sur des kms. Ils semblent minuscules au milieu de ces énormes blocs de roche soigneusement disposés pour retenir et diriger le flux. Ça donne une idée de la force incroyable de la crue.

Col St Martin (1503m) atteint à 10:15. Il fait beau, arrêt boisson rapide.

Go pour le 3e et sérieux col de la Sinne. Déjà gravi lors des Routes blanches de Stéphane Gibbon en juin 2022 sous un soleil de plomb.

Je n’ai croisé personne depuis le col St Martin. Il fait bien chaud maintenant et ça se fait sans pb. 13:20 photo au col.

Reste le déjeuner maintenant. petite inquiétude. Oui, je sais c’est ridicule, mais j’apprécie  mon arrêt resto le midi.

J’avais repéré une auberge à Pierlas, juste en contre-bas du col, perdue à plus de 1000m d’altitude.

J’y fonce.

À l’ombre de l’auberge un homme en blanc fume.

C’est le cuistot / patron il me dit que c’est complet.

Après quelques mots, devant ma mine déconfite et mon regard implorant il me propose une viande / risotto et dessert. Yessss !

J’adore quand un plan se déroule sans accroc.

Et en plus la vue de la terrasse est splendide.

Je vois aussi que le restaurateur a choisi d’être complet avec une seule table de 6 personnes (!). Magnifique endroit hors du temps. Je goûte ce moment.

14:15 je pars. Beau temps. Je double Woban dans la descente dans la vallée du Cians.

Juste avant de passer le Var, j’avise un restaurant. Je m’y dirige, ce sera parfait pour mon café. J’y retrouve Stutz sur le départ après y avoir déjeuné.

Et hop, passé la Var, ça monte pour le col de Saint-Raphaël passé à 16:15. J’ai vu quelques cyclos mais sans souvenir précis.

La fin d’après-midi est calme, le ciel est bleu, et la Clue d’Alban ab-so-lu-ment magnifique. Je suis heureux de la voir. Mon précédent passage était en pleine nuit lors de la traversée des Routes blanches en juin 2022.

Ah, tiens, le vent est de face tout d’un coup. Aurais-je passé un col ? Ah oui, j’ai changé de côté ; franchi un passage. J’ai maintenant du vent dans le nez …  et un petit faux plat montant.

Une lassitude s’installe, elle sera traitée de nouveau par du Boby Lapointe. Merci Boby ! Bigre le vent d’Ouest a sacrément forci. Un tantinet inquiet de mon horaire , d’arrivée à Castellane, j’appelle l’hôtel pour sécuriser mon dîner.

Reste à passer le dernier col du jour, encore quelques lacets ; le vent m’empêche, me pousse, m’empêche.

Le Saint Barnabé (1365m) atteint à 19:30, le soleil sur l’horizon.

Je ne me souviens pas avoir été croisé ni doublé par un quelconque véhicule depuis des heures. Ou si peu.

Cette descente de fin de journée offre de jolis points de vue le lac de Chaudanne après Demandolx. Je repasse le Verdon, à la retenue de la centrale de Castillon. Il y a quelques admirateurs devant ce paysage.

Puis, plus personne jusqu’à Castellane atteint à la tombée de la nuit où là je vois Woban sortir d’un resto. Il va rouler sans savoir où il dormira, il rit de mon attachement à dormir dans des draps. C’est la dernière étape pour lui, objectif camp de base directement.

Le resto de l’hôtel est plein, le vélo sera dans un garage en face l’hôtel. Je commence à accumuler la fatigue et la comprennette de cette fin de journée est vacillante. Il y a plusieurs serrures sur cette vielle porte de garage. L’hôtelier devra m’expliquer à plusieurs reprises laquelle utiliser !

Le ravitaillement est très copieux : une soupe de poissons (le saladier de croûtons sera vidé) suivi d’un magret de canard.

Je conviens d’un petit dej à ma convenance et en autonomie dans la salle. Frigo et eau chaude en accès libre.

Étape 4 188km 5000m
Sachant le reste à faire je ne compte pas partir plus tôt que ma feuille de route. Je programme le réveil à 3:00 pour un départ à 4:00.

Couché peu après 22:00 je me réveille (sans réveil) à 2:40. De nouveau plus de 4h de sommeil c’est impec.

Vendredi 12 septembre 2025, Je suis probablement fatigué car je traîne ; ramener le vélo du garage dans cette salle de petit dej, faire le thé, tartines, compotes, yaourts etc, et finalement je pars à 4:00
Il fait très froid avec fort vent d’Ouest. De nouveau la lune éclaire tout. Je m’arrête à la première bosse pour observer les constellations. Je révise pour reconnaître Orion.

Et ce final se fera à petite moyenne. Il reste encore 3 bosses, en difficulté décroissante heureusement. (90 km 1300m).

Je prends le temps d’un capuccino à Entrecasteaux avant 9:00. C’est bientôt l’arrivée et la fin de cette échappée hors du temps. La dernière de l’année.

Arrivée 9:40
heu-reux

Il fait beau, les potes français arrivés la veille au soir sont frais. Les allemands (qui n’ont pas fait de pause comme moi) arrivés dans la nuit ont aussi pu dormir sur place.

La magie des retrouvailles dans ce camp de base de rêve.


Bilan :

Vêtements : pas mis les jambières « sur-bas » très chaudes. Initialement prévues au sommet du col d’Agnel si il y avait eu la tempête… souvenir des heures sous la pluie froide de 2024 …
Tout le reste a été porté.
Le vélo craque du boîtier de pédalier et de la cassette / roue libre / boîtier de roue libre ?. À expertiser ! La saison 2025 a été bien remplie.
30X32 c’était difficile pour Agnel ; ce sera plus confort avec une cassette de 34.

Nourriture emportée : comme d’hab j’avais prévu trop de barres ; 1,5 par jour suffit. Trop de gels (un par jour suffit). Les barres nougat et les pâtes de fruits D4 sont top
Ai ouvert une seule soupe en sachet. Poudre chocolatée aurait été bienvenue pour un matin.
Trace : le découpage par quantité de dénivelé équilibré chaque jour est parfait.
Départ lundi matin ok pour moi. Je n’aime plus passer la nuit complète sur le vélo.

La quête des cols de plus de 2000 m par Bertrand Affres – 11 au 13 septembre 2025

Membre du club des cent cols, j’adresse chaque fin d’année au délégué régional (Jean-Yves JAMIN, de l’Hérault), avec la cotisation, la liste des cols franchis dans l’année, y compris les « cols fauteuils » : ceux grimpés dans le passé, mais non détectés à l’époque, faute de panneau ou d’indication sur les cartes routières, ou non encore listés par le CCC. On peut désormais les identifier grâce aux outils informatiques du site du CCC (« cartes et photos »). Aussi, entre ces cols, ratissés département par département, et ceux franchis ces derniers mois, au gré des randonnées, je totalise, fin 2024, 754 cols déclarés au CCC, mais, du fait de la règle des cinq cols de plus de 2000 m d’altitude tous les cent cols, je ne peux dépasser la barre des 800, n’ayant passé que 35 cols à plus de 2000 m ! De ce fait, je dispose d’une « liste d’attente » de cols franchis et non encore déclarés. En 2024, j’avais pu « débloquer » une partie des cols de cette liste d’attente, en effectuant, fin juillet, une journée de VTT sur la piste franco-italienne de la route du sel, en partant du village de Tende, en grimpant au col de Tende par la piste dite des 46 lacets (en fait une soixantaine de virages), et en avançant vers l’est, avant de revenir à Tende par le même chemin, soit 66 km à la modeste moyenne roulée de 9 km/h (vu la difficulté de pistes aux nombreux passages empierrés), et 5 cols de plus de 2000 m franchis (j’avais loupé, au passage, le col Plane, et n’avais pas eu le temps d’aller jusqu’au col de la Vieille Celle : s’il « fait toujours beau au-dessus des nuages », ceux-ci, plus hauts vers le Mercantour, annonçaient l’orage), dans un paysage grandiose.

                      Il me fallait renouveler ce genre d’expédition, non seulement pour pouvoir homologuer les cols « en attente », mais aussi, si possible, pour atteindre un total de 50 cols de plus de 2000 m, ce qui me permettrait d’envisager d’atteindre l’objectif des 1000 cols sans avoir à invoquer la dispense de la règle des 5/100 pour les plus de 70 ans (dans trois ans…). Or, en ce début septembre, une occasion se présenta pour organiser une expédition vers des cols mythiques, auxquels je rêvais depuis des décennies, notamment ceux de la piste de l’Assietta, et le fameux Parpaillon. En effet, j’avais envisagé, comme presque chaque année, de découvrir le « 1000 du Sud », organisé par Sophie MATTER, à partir du 7 septembre. Mais, en étudiant, découpant et réétudiant le parcours et ses 20500 m de D+, et en analysant mes piètres moyennes roulées en montagne ces dernières années (notamment sur les « super randonnées » !), je finis une nouvelle fois par me rendre à la raison : ce genre de galère n’est plus de mon âge ! La semaine 37 se trouvait donc disponible, avec un retour du soleil en fin de semaine, après des pluies en début.

                      En conséquence, je pris, en voiture, la direction du Briançonnais, avec dans le coffre un vieux VTT de marque Orbéa, âgé de plus de trente ans, avec lequel j’ai beaucoup roulé avec mon fils, et un peu moins désormais avec mes petits-enfants. Il est évidemment doté de freins à patins, et de pédales simples, nécessitant l’utilisation de baskets, ce qui a l’avantage de pouvoir mettre pied à terre sans risque de chute dans les passages périlleux, en montée comme en descente. L’engin n’est guère fiable, avec notamment un dérailleur faussé du fait d’une chute il y a une vingtaine d’années. La selle est un peu fendue et j’ai fixé d’épais plastiques sur les poignées du guidon, dont le caoutchouc est fondu. Le pédalier a un jeu significatif et, par moments, un bruitage inquiétant. Ce VTT n’a d’ailleurs jamais vu un vélociste ! Cependant, j’ai changé les pneus il y a une dizaine d’années et bien graissé la chaine avant le départ ! Il est évident que, si je ne roulais pas en solo, je ne prendrais pas un tel engin, au risque de retarder mes compagnons en cas de défaillance matérielle ! 

                       Partant du Var le jeudi 11 septembre, j’arrivais en début d’après-midi dans les lacets de la route menant à la station de ski de Risoul, au-dessus de Guillestre et laissais la voiture à environ deux kilomètres du bourg. Après être monté jusqu’à celui-ci, à 1800 m d’altitude, je finis, grâce aux renseignements de gardes forestiers en 4X4 (j’ai un compteur Bryton, mais je n’ai pas su activer sa fonction GPS), par trouver la piste menant au col de Chérine (FR-05-2270). Elle était à peu près cyclable et je n’ai eu à monter à pied qu’à deux ou trois reprises, dans des parties trop caillouteuses ou en dévers. Une fois au col, je descends en sens inverse sur quelques centaines de mètres et remonte sur une piste, à droite, qui part vers le S-E. Après environ 1,5 km, c’est le passage du col de Valbelle (altitude 2372), puis, après la même distance, on franchit le col du Vallon (FR-05-2466b). Enfin, après une hésitation et un demi-tour, je trouve la piste qui passe dans un petit tunnel pour redescendre légèrement, sur moins de 500 mètres, sur le col des Saluces, à 2444 mètres d’altitude. Les remontées mécaniques sont nombreuses sur cette crête, avec au Nord le domaine de Risoul et à l’Est celui de Vars. Après les pluies récentes, un doux soleil de fin d’été est revenu. Au col des Saluces, je contemple la vue vers la vallée de la Durance, à l’ouest, puis fais demi-tour. La descente vers Risoul se fait sans difficultés. Les freins font un boucan épouvantable, avec l’avantage de signaler mon arrivée, mais il n’y a pas grand monde sur la piste (mais j’apercevrai, au cours de ces trois jours, des marmottes aux alentours) et dans la station en cette fin de saison. De retour à la voiture, après 21 km et 805 m de D+, à une moyenne roulée de 8,5 km/h, je pars vers Briançon, où l’hôtel « Interhôtel » m’accueille. C’est un établissement un peu vieillot, mais d’un excellent rapport « qualité-prix ».

                      Il n’assure malheureusement pas la restauration, à l’exception du petit déjeuner, pris à 7H ce vendredi 12 septembre. Il fait à peine jour. Une heure après, je suis en voiture sur la route de Montgenèvre. Il fait froid et humide, mais le ciel est bien bleu. En bas de la station je me gare sur un grand parking désert, m’équipe et démarre peu avant 9H, en tenue chaude : jambières, gants et bonnet d’hiver, coupe-vent et chasuble. Le sac à dos est plus lourd qu’hier ; outre les chambres à air, pompe et goretex, il y a pas mal de ravitaillement, une bouteille d’eau (en plus du bidon) et un éclairage avant performant, en cas de retour nocturne. Après quelques centaines de mètres, c’est le passage du col de Montgenèvre (FR-05-1850). 12 mètres de D+ s’affichent au compteur : il est évident que je n’aurais pas déclaré ce nouveau col si je n’avais pas grimpé, ce soir, le versant italien. Voici l’obélisque édifié en 1804. C’est la ligne de partage des eaux : bassin de la Durance d’un côté, Doire de l’autre, se dirigeant vers le Pô et l’Adriatique. La frontière est un peu plus bas, dans la descente, avant le village italien de Clavière. Elle a été déplacée après le traité de Paris de 1947, qui a notamment acté l’annexion du Mont Chaberton, théâtre, en juin 1940, d’un épisode fameux de la bataille des Alpes, avec la neutralisation rapide, par nos artilleurs, des batteries de gros calibre italiennes situées sur ce mont fortifié. Comme beaucoup de villages et hameaux des Alpes piémontaises, d’Aoste à Pignerol, Clavière a un nom français. Sa traversée est obligatoire pour les vélos : la route S24 passe par un tunnel. Un peu plus loin, un second très long tunnel doit être évité en prenant l’ancienne route, en corniche, dotée de nombreux paravalanches, encore bien macadamisée et évidemment libre de toute circulation automobile. Je suis vite en bas, à Cesana Torinese et attaque le col de Sestriere. Après un kilomètre, j’ôte les effets d’hiver et poursuis la montée « en court », sous un soleil de plus en plus chaud. J’ai bien fait de m’enduire de crème solaire, vu la force du rayonnement en altitude. En contrebas, dans la vallée, j’aperçois la petite route qui, par Sauze, mène également à Sestriere : 2,5 km en plus, avec une côte finale plus raide. Là encore, j’ai bien fait d’opter pour la grand-route, à la pente plus régulière, d’autant qu’il n’y a presque pas de circulation. Je finis par apercevoir Sestriere et ses immeubles. La station a été créée au milieu des années trente… Elle a été le lieu de nombreuses arrivées du Giro (souvent, depuis quelques années, après le franchissement préalable du colle delle Finestre) et du Tour de France. On peut citer la trilogie sulfureuse des années quatre-vingt-dix, avec les victoires de l’« homme bionique » (ainsi que Claudio se définissait lui-même), en 1992, de « Monsieur 60% » en 1996, et du fameux AMSTRONG en 1999 ! Sestriere a également vu passer à de nombreuses reprises les coureurs du Giro, en particulier lors de l’exploit historique de Fausto COPPI, le 10 juin 1949 (« l’étape du siècle ») : 200 km d’échappée entre Cuneo et Pinerolo, par les cols de Larche, Vars, Izoard, Montgenèvre et Sestriere, reléguant le second, BARTALI (vainqueur du Tour de France l’année précédente, notamment) à près de 12 minutes !

                      Un tantinet moins aérien, je finis par me hisser au col de Sestriere (IT-TO-2024), après 11 km de montée pour environ 680 m d’élévation depuis la vallée de la Doire Ripaire. Après les quatre cols d’hier, voilà un cinquième « plus de 2000 », permettant la validation d’une centaine de cols ! L’expédition est d’ores et déjà en partie réussie ! L’absence de cales aux pédales et le sac à dos ne favorisent guère la vitesse, qui oscillait entre 5 et 8 km /h. Je cherche un point d’eau dans la station quasi déserte, et je trouve une belle fontaine sur ma route, permettant de bien boire et de faire le plein du bidon et de la bouteille qui leste le sac à dos : il n’y aura plus de sources sur la piste de l’Assietta. Grâce à un repérage préalable sur internet, je trouve sans problème son commencement : il faut quitter Sestriere, puis remonter à gauche en lisière de l’Est de la station, avant de prendre à droite la SP 173. Les premiers hectomètres redescendant vers un pont sont encore bitumés, puis c’est la piste, de plus en plus médiocre. En 6 km et environ 400 m d’élévation, on arrive au col Basset (IT-TO-2424), après être passé au Colletto di Costa Treceira que je pensais comptabiliser, à tort, comme je m’en apercevrai au retour dans le Var : cet endroit ne figure pas dans la liste des cols du CCC ! La montée a été pénible, et j’ai dû marcher trois ou quatre fois sur de courts secteurs trop raides et caillouteux. Les effets de l’altitude se font un peu sentir ! En haut, j’effectue une pause assez rapide pour m’alimenter, comme je le ferai à plusieurs reprises, alternant le salé (chips, cacahuètes…) et le sucré (lait concentré, canette de Gerlinéa, madeleines, bananes, pâte d’amande, chocolat…). Après une petite descente, voici enfin quelques hectomètres de plat ou de faux-plat, avec une piste un peu meilleure et, au bout de 3 km, le col Bourget (IT-To-2299a). 

Pour résumer ce parcours, citons Georges ROSSINI, et la présentation qu’il faisait de ce secteur de sa légendaire randonnée alpine Léman-Méditerranée (Antibes-Thonon-les-Bains) : « les crêtes de l’Assietta ! Le point fort de la randonnée. Par beau temps, sur une ancienne route militaire, serpentant sans cesse entre deux vallées, dans une symphonie de bleu et bistre, entre 2000 et 2600m, c’est la plus belle promenade qu’il est possible d’effectuer dans les Alpes. »  Je pense bien à lui dans ces lieux. Je l’avais connu en 1978 : nous étions, comme tous les ans en août, en location à Thonon-les-Bains, où j’arpentais les cols des environs. J’avais lu dans le « Dauphiné libéré » un article sur le brevet cyclo-montagnard du Chablais et j’avais contacté l’organisateur. Georges était venu m’apporter les cartons des deux branches de ce beaux brevet et je me souviens qu’il m’avait longuement parlé de son activité de « cyclo-muletier », précurseur du VTT ! J’allais avoir vingt ans et ce fût mon premier brevet FFCT. Je le refis vingt ans après, puis quarante ans après, en 2018 et eu la chance de revoir Georges, chez lui, au-dessus d’Evian, quelques mois avant son décès. Je pense aussi à Jacques MARIE, président du CTV Sceaux de 1984 à 2009, hélas lui-aussi décédé, qui, avec Jacques SERRON, le plus ancien cyclo actuel de notre club, a effectué les quatre randonnées (alpines et préalpines) (organisations aujourd’hui abandonnées) de Georges ROSSINI, et était donc passé sur cette piste en vélo de route, il y a une quarantaine d’années. Actuellement, je me demande comment on pourrait le faire, à moins de marcher sur une bonne moitié du parcours ! D’ailleurs, la dernière version de Léman-Méditerranée délaissait la piste de l’Assietta : après le passage du col de la Finestre, il fallait descendre directement dans la vallée, en récupérant ainsi assez vite le bitume, avant de remonter sur Sestriere, à l’instar des étapes du Giro.

                      Avec ces pensées et souvenirs, je poursuis cahin-caha la progression vers le N-N-E. Après le col Bourget, à près de 2300 mètres, les cols se succèdent, leur altitude indiquant le caractère accidenté de la piste : après 2 km, colle di Costapiana (IT-TO-2313), 4 km plus loin, colle Blegier (IT-TO-2381), après 3 km, colle del Lauson (IT-TO-2497a), 1 km plus loin, Colle (IT-TO-2490), avant d’arriver au terme de cette moisson, 4 km plus loin, au colle dell’Assietta (IT-TO-2474). Auparavant, il a fallu franchir un python rocheux, la « Testa dell’Assietta », à plus de 2500 m d’altitude, point culminant du périple de ce jour.

On distingue au sommet (2566 m) un obélisque surmonté d’un aigle de bronze : il célèbre la victoire, le 19 juillet 1747, des troupes du roi de Sardaigne (et duc de Savoie) sur les régiments français, qui, voulant avancer vers Turin, attaquaient la crête avec un avantage numérique de deux contre un… avant de se replier en laissant 5000 morts sur le terrain (contre une petite centaine de sardo-piémontais), dont leur général en chef ! Il s’agit d’une des plus grandes défaites de nos armées, en termes de rapport de pertes ! Cet affrontement de l’Assietta est l’une de la cinquantaine de batailles de la « guerre de succession d’Autriche » (dont la fameuse bataille de Fontenoy) qui se déroulèrent durant presque huit années en Europe, mais aussi en Amérique et en Inde, entre des coalitions fluctuantes réunissant la plupart des états européens (qui reprirent leurs affrontements huit ans plus tard, lors de la « guerre de sept ans » (1756-1763) ! Je songe à ces soldats qui ont hissé leur artillerie à ces altitudes, au temps des « guerres en dentelles », bien mal nommées, qui ont terni le prestige de la Monarchie française. Depuis ce point culminant de la piste, une descente difficile mène au col de l’Assietta.

Au col, il y a un peu de monde : des motards, souvent allemands, deux véhicules « tous terrains », et même un cycliste tractant une carriole dans laquelle se trouve un chien ! Peut-être va-t-il découvrir le col Basset ! On voit bien la piste qui descend vers celle du colle delle Finestre, distant de 14 km : trop loin pour y aller. Je vois également le chemin qui monte plein Est sur la montagne : il y a, en l’empruntant, possibilité d’ajouter trois nouveaux cols à environ 2550 mètres d’altitude, le « Gran Serin », le « Vallon Creux » et le « Colle delle Vallette », distant seulement de 5-6 km. Mais ces kilomètres semblent très difficiles et il est déjà 14 heures. J’ai mis plus de cinq heures pour effectuer 45 km ! Aussi, après une courte pause pour prendre la photo et ingurgiter quelques calories, je rebrousse chemin, remontant vers la Testa dell’Assietta et reprenant intégralement le chemin de l’aller. Je ne me lasse pas de ces paysages magnifiques, avec des perspectives différentes en sens inverse. La partie de la piste surplombant les vallées de la Doire et de la Bardonecchia (vers le tunnel de Fréjus), vers le N.O, est, sur un à deux kilomètres, un peu plus roulante. Des nuages blancs couvrent progressivement l’horizon, à l’Ouest : le mauvais temps est annoncé pour demain, mais il fait encore chaud, malgré l’altitude, avec ce soleil de fin d’été. De retour au col Basset, je mets le coupe-vent pour la descente, tout d’abord assez scabreuse, sur Sestriere. Je fais quelques arrêts et marche sur quelques dizaines de mètres pour soulager mains et dos : en effet, vu le pourcentage et la pierraille, je freine énormément, ne prenant aucun risque. Enfin arrive le bitume, puis les premières maisons de Sestriere. Après une courte remontée, je m’arrête, comme à l’aller, à la fontaine pour reconstituer en partie ma réserve d’eau. Puis c’est la belle descente sur Cesana Torinese. Là, à 1344 m d’altitude, c’est parti pour la dernière grimpette : les 500 m de dénivelée en 9 km du col de Montgenèvre ! Je double un peloton étiré d’une trentaine de marcheurs, « migrants » africains qui attaquent eux-aussi la montée, sans doute pour franchir la frontière par des sentiers, une fois la nuit tombée. Comme à l’aller, il y a peu de circulation, puis plus du tout sur la déviation d’évitement du grand tunnel. La traversée du village de Clavière est évidemment plus lente qu’à l’aller, et je peux voir les beaux hôtels de cette station. Enfin, voici la France, puis le col de Montgenèvre, finalement le seul de moins de 2000 mètres qui aura été franchi au cours de ces trois jours. Je m’apercevrai, au retour dans le Var, que j’aurais pu aller passer le « Collet » (FR-05-1856a), à un kilomètre du Montgenèvre, pour seulement 6 mètres de dénivelée supplémentaire ! Dommage ! Je rejoins le parking toujours aussi désert que ce matin, puis l’hôtel de Briançon, après avoir parcouru 90 km à 10,1 km/h de moyenne roulée, pour une D+ de 2461 mètres.

                      Au réveil, le lendemain, je commence par regarder le ciel nocturne : la lune est là, un peu voilée. La météo d’hier soir a confirmé l’arrivée de la pluie, venue du Sud. Mais elle ne devrait toucher les Hautes-Alpes qu’en fin de matinée. Je n’annule donc pas le dernier parcours prévu, le « pèlerinage du col de Parpaillon » et me hâte au petit-déjeuner, à 7H, accélérant ensuite les préparatifs pour démarrer au plus vite, en direction du Sud. Après une bonne heure de route, je remonte l’étroite vallée du Crévoux, passe sous le village du même nom et me gare au hameau de La Chalp sur un grand parking aussi désert que celui d’hier. Il est près de 10H lorsque je m’élance sur la D39T. Après une courte descente, la route s’élève dans une forêt. J’ôte assez vite le coupe-vent et grimpe « en court », avec l’ancien maillot du CCC. Le ciel est bien nuageux, et on est déjà à près de 1600 m d’altitude, mais l’effort réchauffe ! Passé un petit pont, après environ 2 kilomètres, le macadam laisse place à la piste, de plus en plus raide et pierreuse. Comme hier au col Basset, je mets parfois pied à terre, surtout dans les virages à fort dévers et à gros pourcentage ! La forêt s’éclaircit et je progresse lentement dans les alpages. Il y a encore plusieurs troupeaux de vaches, passé 2000 mètres. Plus haut encore, j’apercevrai une marmotte. Je croise un 4X4, et quelques motos, au retour. Le paysage est somptueux et, la pente se faisant moins raide, je peux mieux l’apprécier. Je marche encore parfois, pour passer une clôture électrique amovible, barrant la piste, puis, plus haut, pour passer à gué un torrent. Un couple sur VTT électrique me double à proximité du fameux tunnel du Parpaillon (FR-04-2637), qui finit par apparaître au détour d’un virage. Il est presque midi, et je suis enfin arrivé dans ce lieu rêvé depuis des décennies ! Je songe à la grande époque du cyclotourisme, qui a dû se terminer avec les années 70, celle du « rallye du Parpaillon », narré notamment dans la revue du cinquantenaire du CCC (2022) (page 35) par Alain COLLONGUES : départ de Gap, passage du col de Vars, grimpée du Parpaillon par l’autre versant (Est), traversée du tunnel sombre et humide, descente sur Crévoux et Embrun et retour sur Gap. 500 cyclos avaient réalisé cet exploit en 1970. Alain conclut ainsi son récit : « Jamais cette merveilleuse journée n’a quitté mon souvenir. Jamais les Alpes ne m’ont paru si belles ». Hélas, le tunnel est désormais condamné et, comme Antibes-Thonon, le rallye du Parpaillon a disparu. Les « cyclosportives » ont désormais plus de succès !

Dans la même revue 2022 du CCC, un autre grand cyclo, Henri BOSC, évoque (page 114) ce rallye 1970, parlant d’un « chemin entièrement cyclable des deux côtés, de bout en bout (du moins en 650) ». Là encore, les temps ont bien changé et la piste est si ravinée que, même en VTT, la montée est parfois acrobatique et la descente périlleuse. Henri BOSC rappelle que le col avait été ouvert en 1911 par le Génie militaire, mais qu’il avait été fréquenté par VELOCIO dès 1903. Sa fermeture actuelle a pour avantage de limiter le trafic motorisé. Pour les VTT, il y aurait la possibilité de franchir la crête par le col du Parpaillon (FR-04-2783), 146 mètres au-dessus du col du tunnel, par un petit sentier escarpé, mais ce ne sera pas pour aujourd’hui ! Je m’alimente et mets tous les vêtements emportés dans le sac à dos : coupe-vent, gants et casquette d’hiver, jambières, et même le goretex. Bien m’en a pris, car après quelques centaines de mètres dans la descente, les premières gouttes de pluie froide arrivent ! Cependant, j’ai bien repéré, en contrebas, le petit chemin menant, à travers les alpages, au col du Girabeau (FR-05-2488b). Après 2-3 km de descente et avoir repassé le gué, je prends, sur la gauche, vers l’Ouest, ce chemin où je slalome entre les bouses de vaches. Au bout d’environ 6 à 700 mètres, couverts à 90% en poussant le vélo, je parviens au col. A l’horizon, sous les nuages de pluie, la vue sur le lac de Serre-Ponçon, au loin à l’Ouest, est magnifique. Je ne m’attarde pas au col, le quatorzième de plus de 2000 mètres grimpés au cours de ces trois jours, et le dernier de cette année 2025, ce qui portera mon total à 844, dont 49 de plus de 2000 mètres. De retour sur la piste, après cet intermède d’une vingtaine de minutes, je poursuis la descente, de plus en plus pénible. Comme hier, j’effectue quelques pauses décontractantes, en marchant sur quelques dizaines de mètres. Enfin, après le pont, à la « cabane des espagnols », revoici le macadam, bien mouillé par la petite pluie qui persiste. La boue accumulée sur les pneus est projetée, et mes freins font un tintamarre contrastant avec le silence de la vallée ! Je suis de retour, vers 13H15, à la voiture, après 23 km à 7,8 km/h de moyenne roulée (!!) et 1003 m de D+.

                      Après une rapide collation, je prends la route pour le Var, rencontrant une pluie de plus en plus intense, particulièrement heureux d’avoir enfin accompli ces balades dans ces hauts lieux du cyclotourisme.

2025 : année rayonnante sous le signe du CTVS pour Sylvain_78

Avant d’aborder 2025, je vous dois une courte présentation.

« Le vélo, ça ne s’oublie pas ! »

Je découvre le vélo tout terrain cross country en 2004 quand je vis à Fontainebleau. En solo, puis en club FFC de 2006 à 2009, années où je totalise… 12400km. Durant ces années, j’ai progressivement pris goût à la route, mais je me cherche : bon à l’entraînement, pas en course !

2010 marque le début de mon éloignement durable du vélo.

J’emménage à Sceaux en 2023, et cela coïncide avec un changement de vie qui a alimenté mon désir profond de retrouver une pratique cycliste.

J’ai bien évidemment contacté le CTVS à ce moment-là. Mais, j’étais trop impressionné par les activités du club pour adhérer. J’avais besoin de retrouver des sensations et mon propre rythme, sans brûler d’étape.

J’ai donc repris le vélo progressivement en utilisant, évidemment, les parcours publiés sur le site du club chaque semaine. Grâce à eux, j’ai joint l’utile à l’agréable en découvrant la région de Sceaux. Et je dévore les récits et suis les pérégrinations de David T. et Christophe B. pour m’inspirer.

Ainsi, en 2023, je parcours 446km ; puis 1700km en 2024.

« Seul, on va plus vite… »

Je démarre 2025 avec l’envie de me rapprocher de la distance mythique de 200km sur une sortie. À part ça, je pense seulement augmenter un peu mon nombre de sorties hebdomadaires. Mais les évènements ont pris une tournure que je n’imaginais pas.

D’abord, je termine ma toute première course à pied en février – le 10km du Cross de Sceaux, mieux que prévu. Surfant sur cette forme, je reprends le vélo en mars et réalise rapidement mon premier 100km de l’année.

Pas d’BRM, pas d’problème !

Et un rendez-vous est vite fixé : le Brevet Randonneurs Mondiaux (le BRM) de Sceaux en avril. Je m’engage dans une nouvelle préparation physique et mentale. Je valide mes recettes de boissons et aliments de l’effort. J’équipe mon vélo d’une sacoche pour emporter mon repas. Je crains la fringale et la défaillance sur cette longue distance. Mais c’est très excitant d’autant que le tracé passe sur des terres connues à Fontainebleau. C’est un peu boucler une boucle !

Malheureusement, une succession de problèmes matériels m’empêchera de prendre le départ. Le jour J, j’observe envieux les participants dans la montée de l’avenue Poincaré…

Vélo réparé, une semaine plus tard, je me lance seul sur cette trace. Le brevet est alors secondaire, seule m’anime la question de savoir si je peux rouler cette distance à 24km/h. À mi-parcours, durant mon piquenique au bord du canal face au jardin du château, je commence à réaliser que l’objectif est à ma portée…

Ce parcours sera bouclé en 8h19 à 25,5km/h de moyenne. J’aurais pu valider le BRM ! Et je n’en reviens pas. Je ne réalise pas immédiatement que je viens de me prouver à moi-même que ma préparation sérieuse avait effacé la peur de l’échec physique et mental. Cette « réussite en solo » est vraiment un cap déterminant dans mon année !

Beaucoup plus serein, je m’autorise à aller rouler plusieurs fois sur les grands parcours avec le CTVS le dimanche, en vue de mon adhésion à la rentrée. Sans m’avouer que je cherchais de nouveaux objectifs, je me nourris des échanges avec Daniel V., Nicolas L., Lionel R., entre autres. Et en écoutant Pierre B. me narrer certains épisodes de sa grande expérience de Diagonaliste – Incroyable! – voilà qu’une idée germe…

Il a un petit vélo dans la tête celui-là !

À l’arrivée de l’été, je me lance un gros défi : parcourir 700km en 2 jours consécutifs.

Le 03 juillet à 4h du matin, je prends mon premier départ by-night pour un Sceaux-Bruxelles, ville où j’ai vécu quelques années. Des mois plus tard, les émotions ressenties lors de la traversée de Paris, puis du Val d’Oise familier, vibrent encore en moi. Cette première aube en vélo sur la route de Mortefontaine est à jamais imprimée dans ma mémoire : le ciel bleu, la quiétude des champs, la douce chaleur estivale matinale et la mélodie rythmée de la chaine et de la roue libre… Je chante 🎶 Bicyle, Bicycle, Bicyle, I wan’t to ride my bicyle…🎵! Tout roule et peu avant midi, je déjeune à Saint Quentin, d’une pizza (rassuré par un témoignage récent de David sur Strava à propos de la digestibilité des tomates !). Dans l’après-midi sous un grand soleil après Bavay, les pavés rouges caractéristiques m’indiquent que j’entre en Belgique ! 2km de secousses, mais l’ascenseur émotionnel est au sommet ! Bien sûr, la route est encore longue. À Écaussinnes, je récupère le RAVEL, la piste cyclable pour Bruxelles. L’euphorie et une topographie favorable me rendent moins vigilant : je commets là ma première grosse erreur !

Il me reste trop peu d’eau. Plus de 40km sans pouvoir m’hydrater malgré la forte chaleur, c’est très dur… Les derniers hectomètres dans Bruxelles sont insupportables – je dois m’arrêter régulièrement à cause des douleurs aux jambes. Mais je finis par gagner la Grand Place – fermée pour un son et lumière ! C’est ballot. Un salut au Manneken-Pis et en prenant la longue montée de la rue des Colonies, je me lance dans les 13 derniers kilomètres à parcourir… À 21h, je termine mon premier 350km !! Je suis sec, mais j’ai réussi. Arrivé chez mon parrain, il prononcera, admiratif, un « Malatooo ! Sei un fenomeno !! », quelques mots qui me touchent beaucoup.

Malgré un hébergement au top, la courte nuit est insuffisante. Et au départ le lendemain à 4h, la fatigue est bien là. Je me focalise sur l’itinéraire, différent pour varier les plaisirs. Quelques frayeurs au sud de Bruxelles (des chemins gravel imprévus, pas adaptés à mes pneus en 23, des travaux…) me font oublier que je suis parti sans… petit déjeuner ! Résultat, après 2h et 40km dont 15 de jolies bosses, je suis sans jus, frissonnant et dois m’arrêter. L’essentiel de mon ravitaillement y passe… Seconde grosse erreur, avoir négligé l’alimentation et les emplettes avant d’arriver la veille. Reparti, je roule jusqu’à la France. Dans Bavay (celle de la veille), je perds du temps pour réunir de quoi me ravitailler. Philosophe, je repars dans un bon rythme… vite stoppé par un passage à niveau fermé pour travaux qui me force à un détour de 10km. C’est démoralisant, car la distance totale du jour monte soudain à 360km. Le doute s’insinue. J’ai oublié de vous dire : le jour 1 totalisait un dénivelé positif de 2200m, mais celui du jour 2 dépasse 2700m… Je m’efforce de me concentrer sur le présent et roule ! Plus tard, en contournant Saint Quentin dans une campagne désertique, le bon rythme est à nouveau interrompu par une cuvaison (crevaison dans un enchainement de cuvettes). En plein soleil méridien, la réparation est pénible, ma cartouche de CO2 n’est pas adaptée. Repartant après avoir insuffisamment gonflé à la pompe à mains, la spirale négative continue son travail de sape. Pourtant, je m’accroche. Mais, les bosses, comme la montée vers la Manufacture des Glaces à Saint Gobain m’épuisent sûrement : les arrêts se multiplient, mal aux jambes, difficulté à boire. À 19h, après 260km, je m’arrête à Pierrefonds où mon père viendra me chercher en auto. Une délicieuse pizza me réconforte en attendant mon chauffeur, et je me surprends de ne pas voir d’échec dans cet abandon. Après tout, je n’avais jamais parcouru seul 610km avec 4500m verticaux en 2 jours !

Honnêtement, quelques jours après mon retour, cette première expédition va évidemment en nourrir une nouvelle ! D’abord parce qu’un ami Bruxellois espérait rouler avec moi lors de mon passage. Et puis quand même, je n’aime pas rester sur un objectif non atteint.

Des flècheuh, des flècheuh, oui mais des Flèches de France !

🎶 Bruxelles, je t’aime 🎵, mais je compte m’y rendre en roulant moins chaque jour. Je veux également me frotter à une distance d’environ 500km. C’est là que les Flèches de France de l’Audax Club Parisien dont j’ai entendu parler les dimanches, entrent en jeu. Paris-Lille et Strasbourg-Paris seront mes étapes avec leur tracés validés, me permettant de me concentrer sur les parcours intermédiaires qui traverseront Belgique, Grand-Duché et la Moselle – dont Pierre B. m’avait un peu parlé !

Mi-septembre est alors idéal pour relier la Porte d’Aubervilliers à celle de Vincennes… en 6 jours. Et cette fois, je roule sous la bannière du CTVS !

Jour 1 – Paris – Lille

Le premier jour, départ à 4h15 de Sceaux pour Paris. À 16h10, à Lille, je ne réalise tout simplement pas avoir parcouru tous ces kilomètres ! Paradoxalement, j’ai l’impression de retenir moins de choses par rapport à mon premier raid. C’est probablement lié à la préparation détaillée des points de contrôle, des ravitaillements – moins d’1h30 d’arrêt en tout – et l’étude des difficultés du tracé (NDLA : après la rédaction de ce bilan, j’ai découvert que cela s’appelle « l’état de flow »). Je retiens quand même que j’ai pris ma revanche à Pierrefonds ! Si j’ai bénéficié d’un peu de vent arrière, de fortes pluies m’ont accompagné de Bucquoy à Douai ! Au final, je termine – incrédule – pile dans le délai que je m’étais fixé et obtiens l’homologation « Or ». Très content de cette première Flèche !

Jour 2 – Lille – Rochefort (BE)

Le deuxième jour, bien reposé, j’ai pourtant du mal à démarrer. C’est sans importance, me dis-je, la sortie est plus courte et prévue pour un rythme tranquille. Après Lille, la route jusqu’à Bruxelles emprunte de belles portions vallonnées avec de jolis « taquets ». Le paysage rappelle celui des Cantal-Corrèze. Après avoir gravi le Mur (pavé) de Gramont, je retrouve mon ami Benoît. Nous (nous) attaquons peu après à (dans) un autre monument pavé dans Kapellestraat. Benoît m’accompagne à travers Bruxelles et le Bois de la Cambre jusqu’à Rixensart où nous nous quittons après un nouveau beau mur bien raide – les voitures ne pouvaient nous dépasser ! Direction Namur. Le plat pays, c’est en Flandres ! Cette ville se mérite après 32km de montées à 3-4% et certains passages pavés affreux. Ma chaîne couine beaucoup et avant les vraies difficultés, j’obtiens d’un bar un peu d’huile de table pour la lubrifier. Les habitués, déjà intrigués, ouvrent des yeux grands comme des soucoupes lorsqu’ils entendent que j’arrive de Lille et me rends à Rochefort. Il est presque 17h30, il reste 52km, les plus difficiles. Il ne faut pas mollir ! Mais d’abord 8km de ligne droite montante démarrant à 7% et finissant à 5%. Quelques kilomètres après, je me sens en forme et j’enchaîne sur un nouveau raidar à 12%… et bam, ma chaine explose juste après ! Sidéré, ma première pensée est que tout est fichu là, au fin fonds des Ardennes. Mais, j’ai mon dérive chaîne… Réparation et nettoyage du cambouis me font perdre 20min… la crainte d’arriver by night et manquer de repos ne me quittera plus. Très vite, le soleil amorce déjà sa descente ! Heureusement à 20h, me voilà à Rochefort après 235km et 2500m de dénivelé positif. Une pizza rapidement avalée me donne la force d’affronter le 12% menant à mon hébergement. Ce n’était pas vraiment ce que j’appelle une sortie de récupération !

Jour 3 – Rochefort – Stiring Wendel

Cette nouvelle étape en montagnes russes ardennaises est LA journée difficile du programme pour mon 23. Fatigué, mais paradoxalement, plus frais que la veille. Probablement les œufs du jardin offerts pour le petit déjeuner ! Échauffement de 10km sur quelques bosses sous la pluie. Puis suivent 5 côtes de 7km à 3.5% de moyenne. Le temps reste maussade et froid « là-haut » et le parcours alterne forêt, côtes et descentes au milieu des champs. Après 3h15 de ce régime, j’atteins la frontière avec le Grand-Duché et je fais enfin une pause chez Stouvenaker, un pâtissier ancien coureur cycliste ! Puis, ça repart via la rue de Belle-Vue avec son passage à 11% ! Après, je traverse le Grand-Duché grâce à la superbe piste cyclable de l’Ater. À Luxembourg, une pause s’impose. Je déjeune de sushi, auxquels je dois certainement mon exploit du jour dans la rue pavée et en épingles des Pruniers, franchissant ses 16% sans mettre pied à terre. Je reprendrai mon souffle pendant quelques minutes quand même… Ensuite, direction la Moselle, que je longe jusqu’à Sehndorf où la trace m’entraine dans les vignes ensoleillées et un nouveau 13%. Je redescends sur les bords de la Saar, mais le temps se gâte et une énorme averse estivale m’arrose avant de remonter à Stiring-Wendel, mon étape. Je la redoutais, c’était vraiment dur par moment, mais cette journée se termine au bout de 226km avec 2300m de dénivelé positif. Ce soir-là, j’avais hâte d’être au lendemain pour pouvoir souffler !

Jour 4 – balade alsacienne

Dimanche, comme sur le Tour, c’est enfin la journée de repos ! Après un seul petit kilomètre d’échauffement, me voilà dans la première montée, courte – 1.5km – mais pentue avec ses passages à 7%. À Grosbliederstrof, un arrêt intuitif dans une boulangerie fréquentée ajoute quelques bretzels à mon panier repas. Journée calme : au programme, longer la Saar, le canal de la Marne au Rhin, passer quelques bosses, parfois sous la pluie, mais le paysage est joli. Je m’autorise un piquenique à base de barres énergétiques (pas terribles) et bretzel (délicieux) à Dossenheim-sur-Zinsel, en compagnie de Shaun le mouton ! Le long du canal, je roule avec Will, un jeune Gallois, qui se rend en Italie pour son premier bikepacking ! Il y a plus fondu que moi !! J’arrive enfin au cœur de Strasbourg, après 133km et 660m verticaux parcourus vraiment tranquillement en 6h30. Il est temps de me rendre à mon hébergement, puis de faire des courses car demain, c’est déjà le retour !

Jour 5 – Strasbourg Paris

Rien ne sert de courir et je pars à point en ce lundi matin : selfie devant le Parlement, puis arrêt chez un vélociste pour vérifier ma chaîne. Il me déconseille l’huile de table… Note pour plus tard : prendre une burette de lubrifiant ! Quelques courses, puis je prends le départ de ma seconde Flèche de France pour Paris à 10h40. La sortie de Strasbourg est mal aisée en raison de travaux d’aménagement et de la pluie qui s’invite. J’ai appris à enfiler ma veste pluie en pédalant mais… j’avais décidé qu’il était inutile d’enfiler mes surchaussures ! Juste avant le déluge, le perron de l’église de Wolfisheim m’abrite pour cette opération nécessitant de quitter ses chaussures. J’ai bien fait, les conditions seront mauvaises un bout de temps. Heureusement, le parcours est « roulant ». Mais à partir d’Obernai, j’attaque l’ascension du Col du Donon qui se fait en 2 temps : d’abord 20km jusqu’à Grendelbruch, puis 10km de Schirmeck au sommet du Col. Une prochaine fois, j’irai voir le temple là-haut ! Sur le papier suivent ensuite 60km descendants. Mais, je n’avance pas ! La route et les conditions sont mauvaises ; le vent de face ne cesse de me freiner. Je suis trempé et transi de froid ! D’ailleurs, je m’arrête dans un abri bus à la Trouche, où j’arrive au bout du rouleau. Restauré et changé, je repars pour… 16km seulement, victime d’une crevaillon (crevaison liée à gravillon frais) alors que j’attaque le raide « chemin de la Creuse » ! Heureusement, je peux gravir l’essentiel, avant de remplacer la chambre et utiliser, sous l’œil admiratif d’un spectateur inopiné, ma mini pompe électrique. Testée auparavant ! 20min plus tard, je repars pour les 65km derniers kilomètres du jour, assez peu roulants. J’ai le réflexe de m’arrêter faire des courses à Vézelise, juste avant la fermeture du G20. L’arrivée à l’étape à lieu à la nuit tombée à Favières vers 20h, un peu en avance sur l’horaire prévu. Repas et repos bien mérités après ces 179km et 1880m de dénivelé positif. Et Weather Impact m’indique que j’ai eu du vent de face 90% du parcours. Je comprends mieux ma fatigue et décide de décaler mon départ à 5h le lendemain.

Jour 6 – le meilleur pour la fin

Après un copieux petit déjeuner, je pars peu avant 5h. Le début du parcours est fantasmagorique sous l’effet de l’excitation, de la fatigue accumulée conjuguées à la lumière lunaire dans le Bois Brûlé. À quelques mètres de mes roues, ma lampe dévoile un sanglier qui se contentera de m’observer. Je me mets à chanter à tue-tête… 1h plus tard, toujours by night, je passe la première difficulté du jour à 9% à Jubainville. Vite suivie par les 3km à 6% de Vaudeville-le-Haut. Il y a aussi des moments plus favorables, comme les 10km descendants jusqu’à Joinville. Mais la température est très fraîche et l’air humide ; j’ai besoin d’une première pause-café-croissant au chaud à l’entrée de la ville. Après Joinville, ça monte à nouveau 3km à 5% et je pense entamer la partie descendante du trajet sur 130km environ. Las, c’était oublier un peu vite mon nouvel ami de la veille, qui m’accompagne plus fort aujourd’hui : Éole ! 1h30 d’efforts plus tard, à la sortie de Montier-en-Der, je fais un pit stop huile de chaine chez Eurotyre ! J’entre ensuite dans l’Aube et ma ravitaille à Chavanges sous la Halle (c)ouverte au vent. Il souffle en effet et avec seulement 123km parcourus à ce moment-là, je sens de la fatigue. Contre toute attente, suit un long « relais » de 3h10 jusqu’à Anglure où je m’arrête et profite d’un répit ensoleillé. Un passant viendra me raconter son expédition vélo jusqu’en République Tchèque. Intéressant ! Une fois reparti, le vent est toujours fort, je suis toujours en prise. Pourtant moins de 2h plus tard, après le beau mur de Béthon (sic) à 6-7%, j’entre en Seine et Marne. L’occasion de me remotiver… raisonnablement, car c’est juste le plus grand département d’Île de France qu’il me faut encore traverser. Il reste alors 93km pour finir, avec une belle difficulté à 8% à Tigeaux et l’ultime montée à Nogent-sur-Marne avant le bois de Vincennes. Quand j’arrive enfin à la Porte de Vincennes à 21h15, je termine cette seconde Flèche de France de 492km et 4083m de dénivelé positif en 34h35. Homologation « Argent », avec une nouvelle journée à 93% vent de face. Pour finir en catégorie « Or », il aurait fallu arriver à 14h. Hors de portée dans ces conditions, donc sans regret !

« … ensemble on va plus loin ! »

Après une période de récupération, les sorties automnales en club et solo reprennent avec quelques glissades qui ne m’avaient pas manquées ! Ma forme culmine lors des Toboggans Meudonnais – merci les huîtres du ravitaillement ! 

Puis, ma famille me demande d’organiser une randonnée jusqu’au Mont Saint-Michel à la Toussaint. Pour notre premier bikepacking à 5, nous parcourons 270km en 5 jours depuis Nogent-le-Rotrou sur la très belle Véloscénie !

Enfin, en novembre, j’attrape le virus du Dodécaudax au contact des mordus du CTVS (ils/elles se reconnaîtront) … et effectue même un 270km d’enfer en décembre avec Pierre B. et David T. !

Bilan et projet

Sur une période d’activité du 03 mars au 30 décembre, j’atteins un record personnel de distance annuelle, franchissant la barre des 8000 km ! Sur une centaine de sorties, 10 sont supérieures à 200km, dont 2 dépassent 300km. Et du 11 au 16 septembre, j’ai parcouru en solo la distance de 1400km pour 11412m verticaux en homologuant mes 2 premières Flèches de France.

2026 étant une année de préqualification au PBP randonneur, elle sera donc consacrée aux différents BRM requis pour l’inscription ! J’espère aussi m’essayer à une première Diagonale et continuer de rouler « en Europe » : il y a quelque chose d’excitant de passer une frontière en vélo. Et une nouvelle monture est en cours de réflexion, pour passer de 10 à 12 vitesses, plus souples pour les longues distances – sponsor(s) recherché(s) 😂 !

Desertus Bikus : aventures espagnoles de Dominique Crost

Fin avril, j’étais engagée sur la Desertus Bikus, une épreuve consistant à traverser l’Espagne (de Bayonne à Malaga) en autonomie en moins de 7 jours.  Chacun est libre de son parcours, il y a 6 points de contrôles obligatoires. C’était un sacré challenge pour moi :

  • il sous-entend de savoir mapper,
  • il faut obligatoirement traverser les Pyrénées et je suis une quiche dans les côtes,
  • le centre de l’Espagne est désertique, ce qui complique les ravitaillements,
  • il faut être équipé pour l’été comme pour l’hiver, car la météo dans les déserts n’est pas la même que dans les Pyrénées,
  • je ne parle pas un mot d’espagnol.

Mais je n’étais pas au bout de mes surprises.

Episode 1 : le départ mouvementé pour Bayonne

J’ai prévu de me rendre à Bayonne par le train de nuit. Mon paquetage est sur le vélo fin prêt depuis quelques jours. Je pars de Bourg la Reine avec 2 heures d’avance pour la gare d’Austerlitz. À hauteur du boulevard Saint-Jacques, ma roue arrière se bloque, je ne peux plus avancer. Je soupçonne le frein à disque mais  pas moyen de débloquer la clé, qui permet de dévisser la roue ; des jeunes s’arrêtent pour m’aider sans y arriver ; je décharge mon vélo (au cas où le blocage vienne du poids du chargement) et finalement je prends un démonte-pneu pour faire levier pour débloquer la clé. Ouf, j’arrive enfin à démonter la roue. Comme je le pensais, le ressort de la plaquette de frein s’est déformé et bloque la roue. J’essaie de le remettre en forme. Ça frotte mais ça roule et il me reste un quart d’heure avant le départ du train : j’abandonne ou je persévère ?

Rien n’est jamais perdu, je repars avec mon vélo qui ronronne, j’arrive à la gare pile à l’heure du départ du train. Et là, SURPRISE:  3 copines du CTVS venues m’encourager avec des panneaux et un délicieux flan. Pas le temps de parler avec elles qui m’attendent pourtant depuis 2 heures, le chef de gare m’ordonne de remonter sur mon vélo pour aller jusqu’à ma voiture (alors que c’est interdit) et embarquer au plus vite !

Je suis dans le train, je partage ma cabine avec d’autres participants de la DB dont Sybile que je suis sur Instagram. Installée sur ma couchette, les émotions se relâchent avec une petite larme de joie en pensant à mes exceptionnelles copines et en savourant leur flan ! Le lendemain, je trouve à Bayonne un vélociste qui change le ressort de la plaquette, me donne des conseils pour la DB qu’il a faite l’année précédente et m’offre un café.

Episode 2 : la Desertus Bikus

Le départ :

Le départ est à minuit dans la nuit du vendredi à samedi à Hasparren, mais il faut y être au moins 2 heures avant. J’y arrive vers 20h, l’attente est un peu longue dans ce gymnase ou certains essaient de dormir, une DJ est aux platines mais personne ne danse.  40% de femmes, ça change des autres épreuves longues distances. Je croise des têtes connues, Camille, Anais, Mauve…, fait la connaissance d’autres comme Yannick et Enora : les discussions portent souvent sur la route du départ : il y a 2 cols possibles ou la route de la côte, plus longue et très ventée.

Premier jour (245 km et 3566m de D+):

Le départ est enfin donné, je suis le conseil du vélociste et choisis le col d’Ibaneta qui passe par l’abbaye de Roncevaux, un col hors catégorie long (environ 15km) mais avec des inclinaisons raisonnables (6% de moyenne). Le paysage est certainement beau, mais il fait nuit, il fait froid, surtout dans la descente du col, il pleut, il grêle. Au petit matin, je rêve d’un bon et copieux petit-déjeuner au chaud : en vain, je me contenterai du fromage et des fruits secs que j’ai emporté.  Dans la journée, le vent se lève, un bon gros vent de face. Le paysage est moins montagneux, mais on va enchainer les toboggans. La pluie se calme, il y a même parfois un rayon de soleil. Le temps passe et tous les restaurants sur mon parcours sont fermés. A Viana, une station-service est ouverte : il lui reste un sandwich triangle (les participants de la DB ont dû faire une razzia !), je n’arrive pas à traduire quel est son contenu : tant-pis, je prends, je croque, pouah, c’est infect, ça ressemble à de la salade de museau ! J’arriverai à en manger 2 bouchées et le reste passera à la poubelle. J’arrive à Logrono vers 16h, environ 200km de fait. A la sortie de la ville, je tourne en rond dans un parc puis je finis sur une piste de VTT bien hard : je devrai pousser ou porter mon vélo sur quelques kilomètres. Il faut vraiment que je progresse dans le mapping !

La nuit commence à tomber, je suis toujours en quête de restaurant, je m’arrête à Banos del rio  Tobbias dans un bar avec de délicieux tapas : c’est très animé, nous sommes le samedi soir de Pâques, familles et amis sont réunis pour faire la fête. Moi, je suis frigorifiée et fatiguée : j’essaie de trouver un hôtel, mais tout est complet. Je continue et entame la côte suivante. Dans la nuit, j’ai du mal à lire mon GPS (il faudra que je règle cela !) et me perd de temps en temps.

J’arrive vers 11h dans le magnifique petit village de Pédroso, désert sous la pluie. J’aimerais bien pouvoir piquer un somme à l’abri dans l’église. Alors que 4 hommes passent dans la rue, je les aborde pour leur demander s’il y a un hôtel : je connais la réponse, c’est non, mais c’est pour introduire ma question suivante.  Je leur demande si quelqu’un pourrait m’ouvrir l’église ou une salle municipale pour que je puisse y dormir avec mon duvet de montagne, expliquant que mon hôtel est 35km plus haut dans la montagne et que je suis fatiguée et frigorifiée (mais cela devait se voir !). Ils téléphonent dans les hôtels des villages environnants, mais tout est complet (je le savais déjà !). Un des hommes me propose de m’emmener au « fronton » : je pensais qu’il s’agissait d’un gymnase comme celui d’Hasparren, mais c’est juste un mur. Donc sans protection du froid et de la pluie. Je n’ai jamais testé mon bivy et je sais qu’on a beaucoup plus froid quand on s’arrête. Tant pis, je vais continuer.

L’homme me dit d’attendre, il téléphone à sa femme, je comprends qu’ils se disputent : Madame n’a pas envie qu’il ramène une étrangère à la maison au milieu de la nuit ! J’essaie donc de m’éclipser discrètement et poliment, mais il me rattrape et m’emmène chez lui. Il m’installe un matelas dans son salon, son épouse se lève, me prépare une tisane, du fromage, des gâteaux, me prête son pyjama en polaire, met mes vêtements mouillés au sèche-linge.  Leur nièce, collégienne qui parle 3 mots de français, vient me voir avec une copine. Le lendemain, comme je voulais partir tôt, il se lève à 6h, me ramène mes vêtements secs. Avec Mercedes et Paco, nous ne parlions pas la même langue, mais nous nous sommes compris ; J’ai compris leur humanité, ils ont compris ma gratitude !

Deuxième jour (191 km et 2114 de D+) :

Je pars finalement à 6h40, le temps de faire mon paquetage et de dire au revoir à Paco. J’entame une nouvelle ascension, mais qui, reposée, me parait plus facile, le jour se lève assez vite, nous sommes dans un beau paysage de moyenne montagne. Deux heures et demi plus tard, j’atteins l’hôtel dans lequel je devais dormir et en profite pour prendre un bon petit déjeuner, la salle de restaurant est remplie de participants à la DB.

Je repars sur une belle petite route qui monte avant d’arriver à un lac (à Mansilla  de la Sierra) que je dois contourner sur une route mal goudronnée. Les bas cotés sont remplis de neige, je passe à coté d’une station de ski, il fait de plus en plus froid, mais suivront quelques heures très agréables, faciles à pédaler dans un paysage de montagne beau et calme avant de redescendre au premier contrôle.

Celui-ci est à Sad Hill, un cimetière bizarre, celui du film « le bon, la brute et le truand », après quelques kilomètres de gravel.  En bas de la colline je trouve un restaurant ouvert, il doit être 14h, j’ai faim, mais je n’arrive pas à manger beaucoup. J’y retrouve Sybile et ses copains, dont c’est la dernière étape car ils rejoignent Madrid[OL1] . Je repars avec eux sur quelques kilomètres.; j’aurai bien voulu trouver des cafés ou pâtisseries ouverts, mais en ce dimanche de Pâques, tout est fermé. L’après-midi est bien agréable, bien ensoleillé avant une averse en soirée.

J’arrive à Ucero, village touristique ( ie avec des restaurants !) vers 19h, mais je dois faire un détour de 15km pour aller au CP1bis (contrôle rajouté[OL2] , l’ermitage de San Bartolomé), la nuit est tombée. Après un long chemin, une barrière, je croise Enora et Yannick, qui m’indiquent que ça devient du gravel plus difficile, mais qu’on peut le faire à pied, ce n’est pas loin… oui et non, ça m’a pris 20 minutes pour faire 3 kilomètres. Je dîne rapidement à Ucero, mon hôtel est à 15km et la réception ferme à 22h. A Burgo de Osma, à 22h30 au premier carrefour, 2 hommes n’attendent plus que moi pour rentrer chez eux , ce sont les réceptionnistes de l’hôtel !!

Troisième jour (196km et 2367m de D+) :

Debout à 5h20, mais obligée d’attendre 6h l’ouverture d’un café pour prendre un bon petit déjeuner. Je partirai finalement à 6h50 pour une magnifique matinée de vélo. Les paysages sont à couper le souffle :  la terre ocre avec des promontoires sur lesquels on aperçoit des châteaux, j’ai l’impression d’être dans un western. Ma chaine saute, et je dois desserrer mon système anti-saut de chaine (et oui, je ne savais même pas que j’avais ça sur mon vélo !) pour pouvoir remettre la chaine : c’est quand même un bel endroit pour un arrêt mécanique !

Je continue et retrouve Anaïs, nous nous amuserons sur une merveilleuse descente, à fond, facile et très belle : 4km autour de 50km/h, c’est magique !

Ça devient un peu moins beau et j’ai faim et soif. A l’entrée de Siguenza (km90), l’ami de Pauline, une participante, m’offre un coca bien frais et m’indique le centre-ville ou je trouverai un bon restaurant (délicieuses asperges, saumon et dessert).

L’après-midi est « chiant » : je traverse une réserve naturelle, le paysage est admirable 10 minutes, mais vite monotone tout en collines boisées de conifères, ça n’arrête pas de tourner, de monter, de descendre… je ne rencontre pas âme qui vive sur 60km. Enfin je retrouve une route plus grande, mais toujours pas de restaurant ouvert à la tombée de la nuit.

J’arriverai à Canamarès sans avoir trouvé à manger. J’ai réservé dans un genre d’airbnb : l’entrée est à peine indiquée, mais en bas de l’escalier, il y a six vélos garés.  Je monte à l’accueil et demande s’il est possible de manger. Non, l’aubergiste ne prépare rien mais m’indique qu’il y a une cuisine à disposition et va chercher une clé magique : il ouvre une porte dérobée qui donne sur un supermarché fermé : je peux acheter de la charcuterie, des yaourts, du pain, des fruits !

Quatrième jour ( 154km et 1381m de D+) :

Je pars de Canamarès à 7h, je sais que cette étape sera plus facile, alors je prends mon temps ce matin.  Une petite pluie le matin, je trouve un café après 35km, c’est le repère des commères du village, ça parle très, très fort. Je continue jusqu’à Almodovar del Pinar, ou je vois un troquet fermer sous mes yeux, je me rabats sur une station-service ou je partage des gâteaux avec une autre participante affamée. Je reprends la route jusqu’à Motilla del Palancar, ou je trouve un vrai restaurant avec nappe qui me sert une délicieuse soupe de lentilles à 3 heures de l’après-midi. Je reprends la route et me perd dans le dédale de la ville, mon GPS m’envoie sur un parcours que je ne veux pas prendre. Le paysage n’est pas folichon, des cultures variées, mais c’est plat, vent dans le dos et je n’ai plus que 75km et 100m de D+, je devrais arriver à l’hôtel à Albacete à 7 heures ce soir !

Episode 3 : l’hospital general

30km plus loin, j’ai soudain très mal au ventre. Heureusement je traverse un petit village, Quintanar del Rey : je m’arrête dans une pharmacie, pliée en deux : le médicament qu’elle me vend n’a pas d’effet, j’ai soif, la pharmacienne me donne une bouteille d’eau, j’espère qu’en dormant, ça ira mieux. Je repère sur internet une auberge à un km et demande à la pharmacie de téléphoner pour s’assurer qu’il y a de la place : je ne me sens pas capable de rouler pour rien. J’arrive à l’auberge. Une jeune femme, Isabelle, qui ne parle qu’espagnol, me demande ce que je veux :

  •  « me reposer et si ça ne va pas mieux appeler un médecin »,
  • « ici, les médecins ne se déplacent pas, viens avec moi »,

Elle m’emmène au centre médical ou je passerai devant tout le monde ; le médecin après examen et après m’avoir donné une piqure d’anti-douleur, appelle une ambulance, une personne dans la salle d’attente parlant français aide à la traduction. Isabelle, qui m’avait attendue, me ramène au vélo ou je prends mes papiers et les chargeurs de téléphone, pendant que l’ambulance arrive. Sur le tracker de la DB, ma sœur pense que je roule bien à 45km/h !

L’ambulance m’emmène vite à l’Hospital général d’Albacete. Ma sœur et une copine du CTVS ne comprenne plus pourquoi je roule à 120km/h.

Aux urgences, les douleurs atroces reprennent, après une radio et une échographie, on pense qu’il s’agit d’une inflammation de la vésicule biliaire. Je suis hospitalisée, sédatée, mise sous antibiotique et finalement chouchoutée par le chef de service qui est le seul à parler un peu français et un peu anglais, s’étonne que je voyage seule, et surtout s’étonne du résultat de mes analyses. Il passe me voir de plus en plus souvent et décide de me faire passer un scanner en urgence à 11h du soir. On verra une perforation du duodenum avec septicémie, je suis opérée dans le quart d’heure !

Je passerai 15 jours à l’hôpital : je m’habituerai au rythme décalé des espagnols, aux familles bruyantes présentes toute la journée, à l’usage qui veut qu’un membre de la famille reste dormir dans le fauteuil au pied du lit, aux soirs de matchs de foot, au bruit toute la journée jusqu’à minuit (je reconnais honteusement que dès que j’ai pu me lever, j’ai caché la télécommande du téléviseur de la chambre commune à 3 personnes dans le tiroir de ma table nuit).

Je ne vous raconterai pas plus le détail de cette aventure, l’effet des calmants à haute dose ou le black-out électrique pendant lequel mon fils a déambulé dans Madrid alors qu’il essayait de me rejoindre, car cela n’a plus grand-chose à voir avec le vélo.

Mais de cette dernière aventure, je garderai en mémoire l’humanité des personnes que j’ai rencontrées et en particulier Isabelle et le professeur Cascales qui m’ont sauvé la vie et la confirmation que le voyage à vélo permet de rencontrer des personnes extraordinaires.

Pour la fin de la DB, ce n’est pas moi qui vous la raconterai, car je ne suis pas inscrite pour l’édition 2026, qui, parait-il, sera la dernière.


 

Séjour Jacques Vagner Amicale des Demi-siècles à Damvix septembre 2025.

L’Amicale des Demi-Siècles est une association qui réunit presque 500 licenciés FFCT ayant au moins 50 ans. Elle organisait du 14 au 21 septembre 2025 un séjour à Damvix en Vendée auquel j’ai participé avec 170 autres personnes. J’ai partagé mon hébergement avec Maurice venant d’Auray,  âgé de 94 ans et dont le sourire explique la vitalité. Chaque jour 3 circuits d’environ 80, 100 et 120 kilomètres étaient proposés dans une direction commune.

Cette semaine m’a permis de parcourir environ 620 kilomètres et surtout de découvrir la région du Marais Poitevin qui est à cheval sur 3 départements : La Vendée, les Charentes-Maritimes et les Deux-Sèvres et qui est parcourue par une multitude de rivières et de canaux. Une grande liberté est laissée aux participants qui roulent par petits pelotons le premier jour, puis par affinités ou par le hasard des rencontres les jours suivants. Les distances journalières modérées laissent le temps de s’arrêter pour découvrir la région et pique-niquer grâce aux boulangeries et épiceries situées sur le parcours.

Niort avec son double donjon est à une distance de 30 km en ligne directe et à environ 40 en suivant les méandres de la Sèvre-Niortaise. A 10 km au nord, Echiré produit le meilleur beurre du monde dans une laiterie coopérative installée depuis 1894.

Le deuxième jour en passant par Béceleuf j’ai fait un détour pour aller voir le pigeonnier de Pouzay. Un hêtre a poussé droit au milieu du bâtiment cylindrique et ressort par le toit. Des oiseaux se partagent encore quelques-unes des 2800 niches à l’abandon.

L’église romane Notre-Dame de Surgères est située à l’intérieur des murailles de la vieille ville. Sa façade a une largeur inhabituelle de 23 mètres et porte les statues de 2 cavaliers. Sur un de ses chapiteaux 2 éléphants s’affrontent.

Benet, Mervent et Vouvant sont 3 villages sur des sites accidentés qui montrent que le département de la Vendée n’est pas tout plat. Vouvant domine une boucle de la rivière Mère qui rejoint la rivière Vendée à Mervent. La complexité du réseau routier qui en découle explique que dans ce secteur pas mal de cyclotouristes ont fait fausse route. Sur un chapiteau du portail d’’entrée de l’église de Vouvant, une sculpture de bonhomme qui court en souriant interroge.

Toute cette région à l’origine marécageuse a été asséchée au moyen âge par des coalitions d’abbayes. Les ruines de celles de Maillezais et Nieul-sur-l’Autise ont été organisées pour en faciliter la visite.

Enfin quoi de plus agréable après une belle journée à vélo de s’installer le soir à une grande tablée, de participer à la ritournelle des histoires cyclistes et d’écouter les petites blagues de Maurice.

Toboggan Meudonnais (19 octobre 2025)

44 membres du CTVS ont participé ce dimanche 19 octobre au traditionnel Toboggan Meudonnais. Ce rallye, organisé par l’AS Meudon Cyclo, est l’une des randonnées cyclotouristes les plus importantes en Ile de France : cette année, l’affluence a atteint un record de 1 257 personnes. Les parcours, traversant la forêt de Meudon, la vallée de Chevreuse et les villages pittoresques des Yvelines, offrent aux participants de magnifiques paysages et des routes sinueuses. Comme le nom du rallye l’indique, le profil est particulièrement exigeant : le grand parcours de 88 kms présente un dénivelé total   de 1 120 m avec notamment les côtes de Diane, de la Vacheresse, des 17 tournants, de la Madeleine, de l’Homme mort et la montée finale à travers la forêt de Meudon.

Autre particularité remarquable de cette épreuve : son ravitaillement de premier choix dans lequel sont proposés des huitres et du foie gras ! Pas étonnant dans ces conditions qu’au fil du temps le Toboggan fidélise autant de monde !

Comme à son habitude, le CTVS a agi en force : un rdv était fixé à 7h45 au 4 Chemins pour rejoindre le départ. Le club avait préalablement géré et financé les inscriptions de ses adhérents, dont la majorité s’est élancée sur le grand parcours.

Matinée clémente, certes éprouvante mais agréable pour tous, avec à l’arrivée la récompense pour le CTVS de la coupe de la doyenne de l’épreuve Dominique Riffiod et du club le plus représenté.

Le CTVS, de plus en plus fort !

Diagonale Perpignan-Brest B Affres P Barth S Laverdure du 30/06 au 03/07/2025

Rédacteurs : Bertrand Affres (Préambule, étapes 1 et 4) et Pierre Barth (étapes 2 et 3).

Titre : Soleil, soleil

Rédacteur préambule : Bertrand

Nous avions programmé depuis plusieurs années, avec Jean Perruchot, la flèche de France Paris-Perpignan. Sylvie se joignant à nous, j’avais alors envisagé de poursuivre le périple en incluant notre diagonale annuelle : en l’espèce, ce serait Perpignan-Brest, le chemin vers Strasbourg ayant déjà été effectué en 2022, et celui vers Dunkerque étant trop long et escarpé. Compte-tenu des impératifs de chacun, le départ a été fixé au 25 juin. Pierre, intéressé par la seule diagonale (il a déjà accompli deux cycles complets de flèches de France), doit nous rejoindre à Perpignan le dimanche 29 juin, et donner une housse à vélo à Jean qui n’effectuera pas la diagonale et « remontera » en train sur Paris. En fait, la flèche a été rendue plus difficile que prévu, avec une grosse chaleur dès la longue (270 km) première étape, entraînant l’abandon de Jean. Les quatre autres étapes (de 221, 172, 158 et 161 km) s’avèreront également difficiles du fait du parcours montagneux, et de la canicule le dernier jour (jusqu’à 46° au compteur !). Enfin, le dimanche soir, on rejoint Pierre, qui avait néanmoins eu des problèmes avec son dernier TER, mais avait fini par débarquer à Collioure et avait grimpé quelques cols dans les Albères. On dîne dans un des très rares restaurants ouvert dans le centre de Perpignan, une pizzéria un peu éloignée de notre hôtel, le « Paris-Barcelone », situé en face de la gare et toujours recommandé, à juste titre (et plus encore depuis sa rénovation il y a deux ans), sur le site historique de l’ADF (bien réactivé depuis peu).

1ère étape : 30 juin 2025 Perpignan – Grisolles : 232,9 km à 20,8 km/h de moyenne roulée – dénivelé positif : 1495m – température min 21° max 42° moyenne : 33°, pause 3h02.

Rédacteur : Bertrand

Après un bon petit-déjeuner à l’hôtel, grâce à la présence d’une gardienne de nuit et d’une machine à café, nous démarrons la diagonale le lundi à 5h30. Nous n’avons pas eu de difficultés à l’Hôtel de Police pour le pointage de nos carnets de route et, après le SMS adressé par Pierre à Bernard, nous partons dans la nuit chaude vers l’ouest, puis le nord-ouest, quittant les faubourgs de Perpignan pour franchir le fleuve Têt, puis, par un raccourci, aborder le petit col de la Dona à Pézilla-la-Rivière. Il fait désormais jour et pas encore trop chaud : on supporte nos chasubles dans la montée. On les ôtera plus loin, après la descente sur Estagel. Comme prévu, Pierre mène sur la D117. Malgré l’aspiration, je décroche dès lors que ça grimpe au-dessus de 4-5%, comme c’est le cas avant Saint-Paul-de-Fenouillet. Du coup, je provoque le premier (mais pas le dernier) épisode chronophage : ayant perdu de vue mes compagnons, qui ont poursuivi vers une boulangerie sur la route, j’oblique vers le centre et m’arrête à un bar, d’où je les appelle ! On y prend cafés et « Perrier » (pour Pierre), et on effectue déjà un plein d’eau ! Mais les 20 minutes d’arrêt prévues sont dépassées. Heureusement, jusqu’à l’arrêt suivant, Limoux, du 17km/h est programmé et heureusement dépassé, malgré les 6 km de parfois rude montée vers le col Saint-Louis (FR 11-0696). On avait opté pour ce col inédit pour nous : Pierre avait déjà passé, dans ses précédentes diagonales, le col Campérié, ainsi que ceux de la route des gorges de Galamus (prise également par Sylvie et moi lors de BP 2023). Sylvie et Pierre m’attendent quelques minutes au col, point culminant de la diagonale, puis je reste à une centaine de mètres derrière eux dans la descente, et ils filent sans entendre mes cris lorsque je crève à l’avant dans un virage. Je répare assez vite, changeant de chambre à air et apposant une rustine autocollante à l’intérieur du pneu, usé latéralement par un mauvais positionnement d’un patin de frein, qui a sans doute bougé lors d’une séance de bricolage (suppression du garde-boue cassé) effectuée sur la seconde étape de la flèche ! J’arrête une des très rares auto descendant le col pour demander au conducteur de dire à mes compagnons que tout va bien et que je repars bientôt ! En fait, Pierre avait fait demi-tour et avait déjà bien remonté le col. Sylvie attendait à l’ombre sur la D118, qu’on rejoint après Quillan. On passe Couiza et on avance allègrement sur les faux plats descendants de la vallée de l’Aude, et on est vite à Limoux où on retrouve la supérette du centre-ville, où on avait déjà fait nos emplettes lors de BP de mai 2023. Il est 11 heures, on a donc encore une vingtaine de minutes d’avance. Cependant, le temps de faire des emplettes, de chercher un endroit ombragé pour pique-niquer, et de prendre un café sur la terrasse du bar (où nous n’oublions pas le pointage de nos carnets de route !) situé en face, sur la place où nous étions, et il est déjà plus de midi lorsque nous repartons, avec cette fois une bonne dizaine de minutes de retard sur le planning ! On se dit qu’on les regagnera en escamotant la pause de 30 mn prévue pour déjeuner 25 km plus loin, à Villasavary, puisqu’on vient justement de déjeuner ! En fait, comme on le pressent, on aborde la partie la plus pénible de l’étape, avec un soleil au zénith, une température montant jusqu’à 42° à nos compteurs et, sur la route entre la vallée de d’Aude et le canal du Midi, une succession de bosses plus ou moins longues, mais toujours peu ombragées ! On est évidemment en deçà des moyennes roulées prévues (19, puis 20) et, surtout, on s’arrête régulièrement, 5 à 10 minutes à chaque fois, sous les arbres, pour ne pas trop être en « surchauffe ». Notre entourage, à Pierre et moi, notamment nos conjointes, nous avait d’ailleurs invités à renoncer à cette diagonale, compte-tenu de l’alerte canicule diffusée par les pouvoirs publics. Mais ce n’est pas la première fois que nous roulons sous la chaleur, qu’il convient de « gérer » au mieux. Après avoir croisé, à Prouille-Monastère, la route naguère empruntée sur HM et MH (heureusement qu’on ne grimpe pas aujourd’hui la côte de Fanjeaux : on aperçoit le village tout en haut !), on quitte avant Villasavary la D623, pour rejoindre par des routes communales, la D218, qui nous évite de passer par Castelnaudary. Une fontaine avec robinet d’eau est détectée dans un des villages traversés, ce qui amène évidemment un nouvel arrêt pour boire, pour changer l’eau chaude de nos bidons pour de l’eau qui restera fraiche durant cinq minutes, et pour tremper casquette et gants, qui sècheront vite ! Cette opération est renouvelée à chaque point d’eau, notamment à Avignonet-Lauragais, puis à côté de toilettes nauséabondes, le long du canal du Midi. En effet, après ce dernier village, on a rejoint la fameuse piste du canal, qui a deux gros avantages : éviter la circulation routière et, surtout aujourd’hui, offrir une fraîcheur relative : 36-37° seulement. Il y a cependant quelques inconvénients : la monotonie de certains tronçons, en particulier au nord de Toulouse, un revêtement inégal, favorisant les crevaisons (voir demain…) et limitant la moyenne roulée, et, enfin, le ralentissement et le danger provoqués par d’autres usagers. Ce sera le cas dans la longue traversée de Toulouse, où la piste est même souvent dangereuse, par exemple lors des passages sous les ponts, avec des virages serrés, juste au-dessus du canal ! Sylvie est assez stressée par cette traversée d’agglomération et les slaloms entre cyclistes à vitesses fort diverses, coureurs à pied et piétons ! Les GPS de mes compagnons sont très utiles lors de cette séquence, notamment pour retrouver le départ du tronçon nord de la piste. Il est presque 19 heures lorsqu’on l’aborde, avec une petite heure de retard sur les prévisions. Il ne reste que 23 km à couvrir. J’avais contacté notre hôtel, dans l’après-midi, pour aviser de notre progression, mais l’information n’a pas dû être transmise, car je reçois déjà un appel de la patronne, s’inquiétant de notre heure d’arrivée, le service cessant à 20h15 – 20h30. Le parcours étant bien plat, et même descendant aux écluses, et la température un peu en baisse, ce devrait être sans problème, sauf que, du côté de Castelnau, à une dizaine de bornes du but, on s’engage sur une structure métallique de déviation de la piste cyclable, et on doit chercher durant quelques minutes le moyen de revenir sur la piste ! Néanmoins, vers 20h10, on est à l’hôtel. Nos vélos sont placés dans un garage en sous-sol (en attendant de négocier leur déménagement dans notre vaste chambre, car là encore, la circulation de l’information est perfectible : j’avais évidemment précisé, lors de la réservation, que je fais systématiquement par téléphone, qu’on repartait aux aurores, mais notre hôte « tombe des nues » !), et nous sommes vite à table, Pierre ayant même le temps de prendre une douche « expresse » ! Nous n’oublions pas le pointage de nos carnets ! Le dîner sera bon et copieux. Nous aurons accès, vers 3h30, à la salle des buffets du petit-déjeuner, lui aussi copieux. Cet hôtel, le « relais des garrigues », à Grisolles, sur la D820 (ex RN20), d’un bon rapport qualité/prix, est donc à recommander lui-aussi ! 

2ème étape : 1 juillet 2025 Grisolles – Barbezieux Saint Hilaire : 275,8 km à 20,4 km/h de moyenne roulée – D+ : 1340 m – température min 20° max 43° moyenne : 29°, pause 4h53.

Rédacteur : Pierre

Nous avons avancé l’heure du départ de quinze minutes à cause de la canicule annoncée et nous nous élançons dans la nuit noire. Pas de lune pour nous accompagner. Le terrain est plat et nous progressons bien jusqu’à La Vitarelle, près du Montech. Là, une bosse sérieuse nous ralentit. Bien vite le rythme est repris et à Valence d’Agen c’est la pause petit-déjeuner dans une rue où boulangerie et café se côtoient. A partir de maintenant, le jour levé, nous empruntons le canal latéral à la Garonne. La piste est bonne mais monotone. On ne croise personne, pas d’animaux sur le canal et très vite nous ressentons une lassitude. Bertrand propose de reprendre la D813 parallèle. La circulation s’intensifie à l’approche d’Agen mais permet de nous tenir éveillés. Dans les faubourgs de la ville, nous essayons de reprendre le canal mais la route d’accès est en travaux et nous perdons du temps à tourner autour de bâtiments commerciaux à trouver un autre accès et subitement Sylvie chute dans les graviers et s’écorche bien le genou gauche. Après examen de la plaie, qui saignote lentement, nous repartons et traversons Agen avec l’intention de reprendre la canal près du pont canal. Là, le sariste Serge Polloni, président du CODEP du Lot-et-Garonne, nous attend sur un banc. Nous devisons de nos aventures matinales et il nous accompagne sur plusieurs kilomètres proposant à Sylvie de panser sa plaie au passage chez lui. Mais finalement, comme nous ne sommes pas en avance et que le saignement s’est arrêté nous poursuivons notre route. Je reçois un message de Bernard Ducornetz nous prévenant de son désir de nous rencontrer sur le chemin du canal. Pause pointage, courses et pique-nique à Buzet-sur-Baïse et nous prenons une première partie de notre repas de midi. En effet suite au coup de chaud d’hier après-midi, la digestion a été assez difficile et nous avons préféré moins charger nos estomacs ou en deux fois. La piste le long du canal est bonne, pas trop de branches, ni feuilles, encore trop de racines dépassent à notre goût, mais ombragée. La « fraicheur » est là, 27°, pas plus, ça facilite la progression. Un excès d’optimisme et soudain, une crevaison à l’arrière chez Bertrand. Sylvie, ayant accusé le plus le coup la veille après Limoux, nous propose de poursuivre tranquillement afin de mieux appréhender l’après-midi qui sera chaude. Hier le parcours de l’étape nous a permis de finir sur le canal du Midi et ainsi après le gros coup de chaud passer à l’ombre sous les platanes. Mais aujourd’hui, nous redoutons tous les trois l’après-midi qui se fera sans ombre avec beaucoup de bosses et une température annoncée au-dessus de 40° ! La réparation est longue et nous repartons avec un déficit horaire augmenté. Un peu après, nous croisons Bernard Ducornetz. Lors des discutions engagées avec notre sariste, un problème technique survient sur son vélo. Normalement le sariste nous accompagne et peut aussi nous assister dans nos casses mécaniques, mais là c’est l’inverse. Nous sortons nos outils afin de porter assistance au pédalier qui ne tourne plus rond. La pédale droite semble ne plus tenir. Après trois arrêts et de chères minutes perdues, Bernard nous laisse poursuivre et nous essayons de rattraper Sylvie qui se rapproche de La Réole. A peine sortis de la piste cyclable que déjà la chaleur s’abat sur nous. Nous peinons à trouver un estaminet à La Réole et pris par le temps, nous nous installons sur une place à l’ombre avec des bancs et un robinet d’eau pas trop loin. C’est le moment du deuxième repas de midi. Ensuite, le plein des bidons fait, nous quittons le bourg où Sylvie rechute sans gravité, presque à l’arrêt dans une manœuvre délicate de démarrage en côte. Un passant l’aide à se relever et nous remontons plein Nord vers Barbezieux, un léger vent dans le dos, mais avec des températures au soleil de plus de 40° (max 43°). A Sauveterre-de-Guyenne, Bertrand hésite à regonfler son pneu arrière à la station-service à l’entrée de la ville. C’est bien dommage car lors de la traversée d’une zone de travaux, c’est la deuxième crevaison qui s’avèrera être un pincement. Pendant la réparation à la hauteur d’un garage réalisant des contrôles techniques, j’ahane, je halète, tel le chien la langue pendante, je reste à l’ombre et reprends mes esprits. Je crois que c’est à mon tour d’avoir pris un coup de chaud. Je ne suis pas originaire des pays du Sud, aussi dès que le thermomètre s’emballe, mon métabolisme passe en mode survie. Impossible de faire un effort. Bertrand répare courageusement, Sylvie subit mais résiste et le garagiste nous aide à regonfler la roue avec son compresseur. Il nous propose même de l’eau en bouteille car celle de ses sanitaires est trop chaude. Je reçois un message de Bernard Ducornetz : sa pédale a fini par tomber, il a fait 15km avec une jambe jusqu’à la gare de la Réole où il a pris le train pour rentrer chez lui ! En repartant, Sylvie a une bonne idée : si nous trouvions un hôtel pour nous reposer l’après-midi et plutôt rouler de nuit ? Mais d’hôtel, nous n’en trouvons pas sur notre route et de chambre d’hôtes non plus. Une adresse indiquée sur le web s’avère imprécise et nous force à un arrêt supplémentaire à l’ombre dans le vent. Vent qu’il aurait mieux valu avoir de face comme hier, il nous aurait ventilés. A chaque pause le même processus : boire d’abord en soufflant, laisser le corps perdre la pression, puis s’alimenter doucement de fruits secs salés et de gâteaux. Mais le compteur horaire tourne. Nous nous arrêtons presque toutes les heures et pendant une bonne demi-heure ! Nous avions déjà beaucoup de retard, là avec toutes ces pauses supplémentaires, nous calculons une arrivée bien après 22h. Il n’y aura plus d’accueil à l’hôtel prévu, ni de repas, et il fera nuit. Nous perdons encore un temps précieux au contrôle de Coutras pour organiser la réception des clés. Mais ce dernier contrôle m’a surtout permis de me remettre un peu et d’engager la dernière partie un peu plus sereinement. Et nous avons aussi pu faire quelques achats pour notre « dîner » à l’arrivée de l’étape qui semble s’annoncer tardive. La route par Boresse et Martron est ombragée et, en fin d’après-midi, la température descend très, très doucement, trop doucement. Avant la nuit, encore une pause, chasubles et éclairages, et direction Barbezieux où nous peinons à trouver notre chambre et à nous installer. Il est 23h lorsque le cycle des douches commence. Notre repas est frugal : les 2 boîtes de maquereau vin blanc achetés à Coutras. Un délice, la chambre embaume du fumet du poisson. La bonne humeur revient, la situation est tout de même cocasse. A minuit extinction des feux, réveil à 3h pour un départ à 4h.

3ème étape : 2 juillet 2025 Barbezieux Saint Hilaire – Trignac : 303,1 km à 19,3 km/h de moyenne roulée – D+ : 1597 m – température min 23° max 35° moyenne : 23°, pause 3h52.

Rédacteur : Pierre

Petit déjeuner, aussi frugal, sorti des sacoches et c’est le départ dans la nuit noire. La trace direction Cognac nous fait emprunter la D38 et nous fait gagner 2 km sur la D731. Mais aucun marquage au sol, ni de village à traverser. Au lever du jour, à Cognac, une première boulangerie nous tend les bras. Puis une deuxième à Saint-Jean-d’Angély, le premier contrôle de la journée. Notre progression n’est pas bonne. Nous sommes en retard sur le programme. Sylvie se rend compte que ses problèmes de dérailleur arrière semblent s’aggraver. Et finalement elle découvre au toucher que le câble est entrain de s’effilocher. Certainement la chute d’hier matin à Agen a provoqué la cassure de quelques brins du câble. Nouvel arrêt pour rechercher un vélociste dans la région de Surgères. Petit détour par la zone industrielle et nous finissons chez le seul ouvert ce mercredi matin : un réparateur de vélo ancien. Après retrait de la housse du dérailleur, nous arrivons à apercevoir inéluctable : le câble est sur le point de se casser. Malheureusement pour nous, le vélociste ne répare pas du matériel Campagnolo, donc pas de câble de rechange. Il nous en donne bien un, mais c’est pour un dérailleur Shimano. Nous ne prenons pas le risque de l’essayer. Sylvie évite d’utiliser son dérailleur arrière et utilise son plateau avant. Elle continue l’aventure avec deux vitesses. Ce qui est faisable puisque pour le moment la route n’est pas très accidentée. Avec la déviation de 3 kilomètres pour atteindre le réparateur puis 2 pour rejoindre notre itinéraire, plus la recherche de panne, nous avons encore perdu beaucoup de temps. A présent, nous décidons que si un vélociste se présente sur notre route nous nous arrêterons, mais plus de détour. Nous avions prévu la pause à Luçon, mais avec notre retard, cela se fera avant, à Marans, où nous trouvons un grand supermarché dans lequel chacun va se perdre pour trouver de quoi se sustenter. Le grand défaut de ces grands magasins, c’est la perte de temps et dans ces déambulations souvent nous ne trouvons rien ! Mais la D105 est barrée et la déviation que nous optons passe dans cette zone commerciale. Avec nos courses faites, on s’installe plus loin le long de la Sèvre-Niortaise pour pique-niquer. Sylvie est fatiguée et présente depuis quelques jours une tendance à pencher à droite sur son vélo. Ce déséquilibre la contrarie et la force à faire beaucoup d’effort pour rester alignée avec notre progression. Elle perd en souplesse de conduite et le fait de n’avoir que 2 vitesses n’arrange rien. Au contrôle de La Roche-sur-Yon, nous trouvons une boulangerie qui nous restaure bien, car nous allons arriver encore tardivement à l’étape du soir et encore de nuit. Le profil de la suite du parcours est moins facile. Après quelques pauses supplémentaires, achats, repos, chasubles et éclairages, nous traversons Saint Brévin-les-Pins où il subsiste un peu d’animation dans les rues. A l’approche du pont de Saint-Nazaire, ou pont du Mindin, un sanglier court à côté de moi et s’en va dans les buissons avant que mes compagnons ne me rejoignent. Que d’émotion ! C’est maintenant le pont qui va nous en donner. La piste cyclable est bien marquée sur le côté de la chaussée et les joints de dilatations du pont sont recouverts d’une plaque de métal, ce qui évite ainsi aux roues du vélo de s’y enfoncer et le cycliste de chuter. Une fois de l’autre côté de la Loire, nous nous regroupons et continuons par un interminable dédale sans éclairage urbain au travers de Trignac jusqu’à notre hôtel. Tous les commerces sont fermés mais nous prendrons une photo devant l’hôtel pour prouver notre passage. Après la récupération de notre code d’entrée de la chambre, il est 23h45 lorsque nous nous posons enfin. Repas encore plus frugal que la veille, douche et au lit. Ce n’est pas cette nuit que nous allons récupérer grand-chose de notre forme.

4ème étape : 3 juillet 2025 Trignac – Brest : 272,1 km à 18,4 km/h de moyenne roulée – D+ : 2589 m – température min 11° max 32° moyenne : 19°, pause 3h14.

Rédacteur : Bertrand

Il est en effet 3 heures lorsque nous nous levons. Avec un code, récupéré difficilement hier soir par Pierre qui, malgré la fatigue, a pu résoudre le problème de réservation à ce « B and B », on peut entrer dans le hall pour boire un café tiré d’un distributeur, en mangeant divers biscuits « tirés du sac ». On descend les vélos du second étage, et c’est reparti à l’heure prévue : 4h ! Pierre nous guide sur un parcours aussi labyrinthique qu’hier soir, afin de sortir de l’agglomération de Saint-Nazaire. Dans la nuit, on réussit, dans la platitude de la Brière, à maintenir la moyenne prévue. J’ai reçu un SMS de Dominique Pelletreau, nouveau sariste breton. On avait déjà correspondu hier, mais vu notre arrivée tardive au pont du Mindin, il n’avait pas pu nous y attendre ! Maintenant, il s’est placé à un autre passage obligé, le pont après La Roche-Bernard, où on arrive vers 5h50, avec quelques minutes de retard. Dominique est en cuissard et maillot court, malgré une température qu’on juge très fraiche (11-12°). On lui fait signer nos carnets de route. Il nous suit jusqu’à Elven, sur 36 km, où on a prévu une pause-café de 30 mn, puis, avant notre départ, il nous prend en photo, laquelle sera placée sur le site de l’ADF. S’ensuivent 50 kilomètres très difficiles, sur des routes parsemées de côtes, notamment dans le contournement de Plumelec. Très fatigué par les huit jours précédents et le manque de sommeil, je me traîne dans ces bosses. Sylvie les monte elle-aussi de plus en plus difficilement avec ses deux vitesses. Plus grave, sa tendance, déjà contrariante hier, de pencher sur la droite, s’amplifie. Le risque d’une nouvelle chute est évident. Il s’agit du phénomène dit « de la tour de Pise », bien connu des cyclos adeptes de la longue distance, avec des exemples célèbres : Jean sur PBP, Jean-Claude C. sur un BRM de 1000, Alain C sur plusieurs épreuves, et même l’ami Bernard, notre second sariste d’avant-hier. L’abandon est hélas quasiment obligé dans ce genre de situation, d’autant que le problème du câble de dérailleur amplifie les difficultés. C’est ce que décide Sylvie à notre arrêt contrôle/repas de Saint-Nicolas des Eaux, village très touristique de la vallée du Blavet. La responsable de l’office du tourisme décale aimablement son horaire de fermeture (13h) pour rechercher un moyen de « rapatriement ». Ce sera finalement en taxi que Sylvie rejoindra Brest. On repart, Pierre et moi, vers 13h20, avec 2h20 de retard sur l’horaire prévu, très tristes que Sylvie, après 1900 km depuis Paris, doive abandonner à 150 km du but et ne pas valider une 11eme diagonale. On se relaie assez bien, au début, mais, après Guémené-sur-Scorff, les côtes longues et difficiles viennent casser ce bon rythme. On « tourne » à 17-18 km/h de moyenne roulée au lieu des 19 ou 20 prévus. Heureusement, on avance à nouveau mieux après Rostrenen, sur les routes empruntées sur PBP, un peu plus roulantes dans ce secteur, et, surtout, il nous restait 1h20 de temps de pause, en trois arrêts programmés, qu’on parviendra à supprimer ou à limiter, gagnant ainsi une bonne heure de marge. Ce ne sera pas inutile : passablement fatigué, je retarde notre progression dans les côtes entre Carhaix et le Roc-Trevezel. Heureusement aussi que la température reste idéale et que le vent du NNE a tourné au NEE ! A Sizun, la boulangerie où on pointe habituellement nos cartes, est fermée à cette heure ! Je vais à l’« hôtel des Voyageurs », où j’ai dormi lors des PBP 2019 (seul) et 2023 (avec Jean et Sylvie), où le patron appose son tampon, en évoquant les PBP ! Il nous reste 37 km et une petite marge de sécurité reconstituée… mais bientôt entamée, car je crève une seconde fois à l’avant, du fait d’un silex. Pas le temps de se lancer dans la recherche de son éventuelle présence dans le pneu (neuf, comme l’arrière… il y a 2000 km !) : avec l’aide de Pierre, je mets le pneu de rechange et on a vite réparé (pas besoin de vider le chargement des sacoches arrière cette fois !). On prend l’ancienne route de PBP (des éditions 1995 à 2019) par Loperhet et le fameux pont Albert Loupe. Il y a moins de joie aujourd’hui qu’il y a treize ans, lorsque nous étions arrivés de Menton, avec Sylvie et Pierre. La montée sur Brest me semble interminable. Enfin, c’est l’hôtel de police : il est presque 22h, même s’il fait bien jour si loin vers l’ouest une semaine après le solstice. On n’avait plus qu’une trentaine de minutes de marge avant l’expiration des délais. On retrouve Sylvie, arrivée depuis longtemps à l’hôtel Saint-Louis, à proximité du commissariat. Elle nous a attendus pour aller dîner derrière l’hôtel, dans un des rares établissements encore ouvert ce jeudi soir, un restaurant indien (« le Tripura »), qui nous sert des plats de bonne facture.

En conclusion, la fatigue de la flèche, pour Sylvie et moi, la canicule des deux premiers jours, les problèmes mécaniques de Sylvie et ses chutes, conduisant à ses difficultés d’équilibre et à son abandon, ont gâché une diagonale pourtant agréable par la diversité des paysages et les rencontres d’amis saristes.

Ironman (ou carnaval) de Leeds par John Smith le 27/07/2025

J’ai choisi l’Ironman de Leeds car je recherchais un parcours de vélo vallonné sans doute moins ennuyeux que de rouler sur de longues lignes droites penché sur le prolongateur.

Entre la natation et le marathon, il y avait 180km avec 2500m de D+. Très casse patte avec très peu de plat et surtout très long : 7h environ.

Sauf qu’en Angleterre, on ne pédale pas seul, on pédale avec un public en feu, des cloches de vache, des drapeaux partout, et des pancartes d’une grande créativité.

Dès le départ, j’ai compris que ce ne serait pas juste une question de chrono, mais aussi de costumes et de décibels. Des supporters déguisés en dinosaures, licornes roses, Elvis Presley en short moulant et des pancartes à l’humour so british.

J’aime bien le « smile if you don’t have underwear » sur une pancarte portée par une théière géante. C’est vrai que je n’ai rien sous ma trifonction.

Dans un virage, un DJ — probablement un prof de techno à la retraite — balançait “Eye of the Tiger” remixé. À ce moment précis, mes cuisses brûlaient mais mon haut du corps dansait.

Toujours un petit mot pour redonner un peu d’énergie et dans la langue de Shakespeare c’est encore plus touchant. J’aime bien le « you’re smashing it » très crédible venant d’une personne en kilt. On a envie d’y croire.

La côte infernale : la célèbre « black hill » (de 500m à 14.5% et traversée par le Tour de France 2014 qui partait du Yorkshire) concentrait les supporters les plus fous.
Tout le monde criait en agitant des drapeaux, on se prendrait pour Pogacar en train de fendre la foule, pas exactement avec la même moyenne par contre.

C’est là que j’ai compris que la souffrance se vit mieux en musique et que l’Ironman, ce n’est pas juste une épreuve sportive. C’est une fête déjantée où tu découvres que l’humain est capable de tout… surtout avec un public en folie et une bonne dose d’autodérision.

IRON MAN DE NICE ALEXANDRA LEMONNIER JUIN 2025

Date : 29.06.2025

Conditions météorologiques : Chaleur accablante, un vrai défi en soi!

🌊 Natation – 3,8 km

Temps : 1h35

La journée a commencé avec l’épreuve de natation dans les eaux cristallines de la Méditerranée. Malgré la chaleur déjà bien présente dès le matin, la fraîcheur de la mer a offert un bref répit. Le départ a lieu par sas: je me suis placée vers la fin pour mieux gérer mon  rythme et éviter les coups involontaires.

Le tout s’est déroulé en 1h35 – un bon départ dans cette longue aventure.

🚵‍♂ Vélo – 180 km D+2500m

Temps : 8h00

Le parcours vélo fut à la fois une épreuve physique intense et un émerveillement permanent. Avec ses montées éprouvantes dans l’arrière-pays niçois, ses lacets interminables et ses descentes techniques, c’était un vrai test d’endurance. Mais quel décor ! Des paysages dignes d’une carte postale – montagnes majestueuses, villages perchés et vues à couper le souffle. La chaleur n’a rien épargné, rendant chaque montée encore plus exigeante. J’ai tenu bon pendant 8 heures.

🏃‍♂ Marathon – 42,195 km

Temps : 4h21

Arrivée à la dernière partie de l’épreuve, le marathon est en théorie mon point fort. Mais après presque 10h d’efforts sous la chaleur, il faut savoir gérer chaque kilomètre. Portée par l’ambiance sur la promenade des Anglais, le soutien du public et la volonté d’aller jusqu’au bout, j’ai réussi à boucler ces 42,195 km en 4h21 pour un temps total de 14h19.

🏁 Conclusion

Cet Ironman à Nice fut une épreuve inoubliable. Entre la chaleur écrasante, les paysages spectaculaires et l’intensité de chaque discipline, j’ai puisé dans mes ressources les plus profondes. Plus qu’une performance, c’est une aventure humaine et sportive marquante, une preuve que la détermination peut nous mener très loin.

DIAGONALE STRASBOURG BREST DENIS SCALA MAI 2025

Dos au lever de soleil.

Mercredi 7 mai 2025

Préambule

9é diagonale. J’ai prévu de la faire en solo pour tester mon rythme. En particulier comment je passe une nuit complète pour la première étape. Assez tôt dans la saison car aucun massif montagneux à traverser. Petite inquiétude ces derniers jours par un mouvement de grève des contrôleurs annoncé à partir du 8 mai. Petit coup de fil de Jocelyne qui me demande si je suis d’accord pour la voir au départ. Quelle question !  Évidemment que ça me fera plaisir.

Strasbourg mercredi 7 mai 12:41

Le trajet TGV inOui a été sans encombre,
Jocelyne est à l’arrivée du train. Elle m’offre un café puis m’accompagne au commissariat 13:30. Nous partons ensemble; c’est toujours bien sympathique d’être guidé par une experte pour quitter Strasbourg. On se salue ; il fait beau, la bise Nord-Est bien installée ; C’est parti pour cette 9e!
Il fait frais et je garderai mon collant jusqu’au lendemain après-midi.
Mon parcours emprunte une magnifique voie verte le long de la vallée des éclusiers.
Arrêt pointage boisson à Sarrebourg 17h. Les jeunes serveuses craintives ont longtemps hésité avant de m’autoriser à consommer la salade de fruits de Jocelyne (« le patron vient de partir alors vous pouvez »).
Ensuite je récupère canal de la Marne au Rhin à Gondrexange. Très joli et souvent le vent me pousse. Quasi aucun promeneur ; juste des pêcheurs impassibles et de nombreux hérons qui s’envolent à mon arrivée. Je passe sans m’en apercevoir le Col des Français.
Après l’étang de Réchicourt-le-Château je suis impressionné par sa grande écluse et ses 15m de hauteur de chute d’eau. Je garde le bord de canal jusqu’à Nancy atteint pile à l’heure pour dîner dans un resto japonais très bien. Puis je m’habille pour la nuit.
À Toul, 22h30, je cherche et trouve de l’eau pour remplir les bidons.
La nuit est installée, et la route entre Menil-la-Horgne et Ligny-en-Barrois contient des portions très très très dégradées, c’est inquiétant à la lueur du phare.

Il fait maintenant très froid (6c) et j’avais repéré un camping à Ligny-en-Barrois où je prévoyais de  bivouaquer. ‘Las, le camping est fermé et je me rabats sur un DAB chauffé! J’écrase donc 1h15 (environ) et je repars à 3:05 après avoir tout enfilé car dehors il fait déjà si froid.
Je passe le cap des 5:00 sans difficulté (à ma grande surprise) en revanche vers 6:00 ça devient compliqué avec une forte envie de dormir. Il me tarde d’atteindre (en longeant le canal Entre Champagne et Bourgogne) Vitry-le-François.
6:00 un jour férié, aucun bar ouvert, malgré le marché qui s’installe. La boulangerie fera l’affaire. café latte et éclair choco, mon combo favori.


Sur le tronçon suivant j’avais prévu des routes pour éviter la N4, mais en passant devant et je vois qu’elle est quasi déserte et bien plus directe alors je tente.
Je la prends donc en ce 8 mai pour 45 km jusqu’à Fère-Champenoise. C’est étonnant, je suis très peu doublé, de très rares camions. C’est bien roulant et pratique pour traverser ces paysages marnais désolants d’agriculture intensive souvent malodorante d’ailleurs.
Je récupère ma trace pour le pointage à Sezanne où je prendrai un thé et des biscuits de la sacoche.
J’y oublie mon bonnet posé sur une chaise. Ce n’est pas la première fois que j’oublie quelque-chose en quittant un lieu après une courte nuit…
À Coulommiers, je déjeune à l’abri du soleil mais bien couvert car le fond de l’air est frais. Une salade froide poulet mangue avocat, parfaite.
La Brie très jolie à traverser, avec ses petites bosses et ses bois.
La fin de journée fut un peu pénible ; j’ai oublié de vérifier les 30 derniers km que komoot avait tracés. Erreur de débutant. Enfin, j’arrive fin d’après-midi chez moi. Les spaghettis bolognaises sont prêtes ! Quel bonheur 🙂 tout le monde est aux petits soins pour moi.

Étape 1 : 488Km et 3 300m D+.  Je ne tarde pas à rejoindre mon lit.


Je m’embrouille un peu avec mon manque de sommeil sur les vêtements à prendre et à laisser. Je troque mon collant, qui sera trop chaud les prochains jours, pour les jambières. C’est plus simple dans une chambre d’hôtel : on prend tout ce qui est là. Pas de question à se poser.
Je craignais un peu ce passage à domicile, finalement c’est très bien.


Vendredi 9 mai départ 4:00. Sans encombre jusqu’à Houdan. La circulation est encore très raisonnable, la PC le long de la N12 est une succession de soulèvements racines, très pénible et qui plus est, du côté gauche ; ébloui par les voitures qui viennent en face pleins phares. À ne pas refaire.

Contrôle à Houdan : la boulangère: «  ah non je n’ai pas de tampon c’est encore une course de vélo ? J’ai déjà dit que je peux signer mais pas de tampon ». J’irai prendre un thé en face, le cafetier très sympathique tamponnera le carnet.


Toujours du plaisir à traverser Le Perche, ainsi que l’Orne, et la Mayenne.
Temps frisquet jusqu’à 14:00. Je retire les jambières pour 1h à 20 degrés puis les nuages sont arrivés avec 3 gouttes en milieu d’après-midi.

Après un arrêt déjeuner contrôle à Le Mêle sur Sarthe « avant on écrivait Le Mesle vous savez ? » m’indique la serveuse de ce resto. Un fish and chips avec frites maison et molles. C’est pourtant pas compliqué de faire deux bains pour de bonnes frites. Grompf.


Les Alpes mancelles portent bien leur nom et rendent le voyage intéressant.
Arrêt croissant jambon à 17:25 à Oisseau.
Contôle photo à St Denis de Gastines (gastine : terre inculte)

Ce vendredi jour de gloriole. Dès le matin je croise 3 jeunes cyclos sacoches partant vers Caen et me demandent : « Ah oui Fougères ce soir ?? ouah bravo ! »
Puis le midi la serveuse « Eh ! en cuisine ! le monsieur là il va direct à Brest demain, et il est parti de Strasbourg ».  Et le soir le serveur au Buffalo grill : « et bien monsieur, vous êtes un vrai cycliste » en m’apportant mon supplément pommes de terre.


Étape 2 : 302km 2 500m D+  Feuille de route respectée. C’est très satisfaisant.

Départ 3:30 samedi 10 mai. C’est plus tôt que la feuille de route mais comme je me suis réveillé… Petit dej possible à l’Ibis.
Guidé par une lune rousse jusqu’à la fin de la nuit. Contrôle photo à Vignoc avant 6:00.
Rares sont les villages et boulangerie. Et ce n’est qu’à 7:30 à Saint-Jouan-de-L’Isle que je trouve une station-service pour un vrai petit dej.

À10:00 à Plougénast contrôle boulangerie. Je mange ma tartelette aux pommes dans une ambiance lourde, au son du glas, face à l’église où se rassemblent de nombreuse personnes.
11:00, à Uzel un cyclo local me rattrape, nous échangeons quelques mots, il m’évoque son désir de faire le prochain PBP à sa retraite. Il prendra un cadre alu car il n’a pas confiance dans le carbone qui n’a encore pas fait ses preuves (!). Il m’indique le CarrefourCity tout proche car il n’y a aucun ravito sur ma trace dans les 40 prochains km. Merci du tuyau ! ce sera donc hachis parmentier froid préparé par CarrefourCity sur un banc. Idéal !

Arrêt propice car la pluie arrive. Pas bien méchante mais suffisante pour bâcher débâcher bâcher etc
Justement ce matin je notais que le vélo était toujours propre après 900 km… la pluie sur les routes à tracteurs a effacé cette remarque.

Je roule « en dedans » ; la fatigue, le temps couvert, je manque d’entrain. Un arrêt café et éclair choco à Plouvenez-Quintin qui me sortira de ce coup de mou de ce milieu de journée.
Je m’attendris devant une renarde suivie de ses deux petits qui longeaient la route et qui traversent à mon arrivée.

Contrôle à Carhaix-Plouguer avec boisson, panacotta et cône glacé. J’échange au téléphone avec Jean-Michel Vermeire qui roule aussi vers à Brest. Il arrivera finalement dimanche après mon départ en train.

Des montées, des descentes, des montées etc, j’ai bien choisi mon tracé !
Il fait chaud, les orages sont tout autour à l’horizon, du point de vue Roc’h Douroc.


Je sens quelques gouttes, je crains que le déluge ne s’abatte sur moi car les grains sont partout. Je m’habille, pour rien finalement. J’ai trop chaud je me déshabille, il repleut, j’en ai marre je garde le vêtement, j’ai trop chaud, il repleut, etc et ça monte, et ça descend, ainsi de suite.


Selfie sur LE pont Albert-Louppe face à la Rade de Brest. Je suis rejoint par un cyclo qui spontanément me propose d’immortaliser le moment. Quelques mots échangés, il est d’un club longue distance avec de nombreux PBP aux compteurs. Ça gronde, tonnerre de Brest dirait le capitaine.

Dernière bosse, frôlé par quelques excités Brestois de ce samedi soir. Il me tarde de finir vraiment.

Le tampon au commissariat de Brest est obtenu après le classique appel au chef qui, souriant, explique au bleu le sujet.


Petite déception à l’arrivée à l’hôtel Ibis près du port : pas de dîner. Et à 20:30 sur le port tout est plein en ce samedi soir. Après un peu d’attente, je passe en second service.

Repu, dîner fini, je tente encore ma petite gloriole auprès d’un serveur chef de salle qui est très très affairé. Il me regarde, m’écoute poliment et me dit « ah oui, parti de Fougères ce matin? Ah, Vous avez pris votre temps, non?» raté !