Challenge du Tourmagne du 3 au 9 juin 2026 Daniel Vaillant

J’ai toujours aimé les randonnées itinérantes à vélo de quelques jours et suis converti au gravel depuis deux ans, j’avais repéré le Challenge du Tourmagne, qui est une grande traversée gravel de Melun à Nîmes (plus de 950 km et plus de 11500 m de dénivelé positif) organisée par l’association du même nom. Cette traversée peut aussi se faire sous la forme du Brevet du Tourmagne organisé par l’Audax Club Parisien avec un départ groupé (le 22 août cette année).

N’étant pas disponible fin août, j’ai opté pour un départ en solitaire début juin et j’ai prévu de faire cette traversée en sept étapes, en prévoyant d’aller en camping ou de bivouaquer sur le parcours, solution pour moi la plus souple, puisqu’elle permet de rouler tôt le matin et tard le soir. Bien sûr cela impose un peu de poids supplémentaire : en plus de mon petit duvet (750 g), j’ai pris le double toit d’une vieille tente « canadienne » (1200 g avec mats et piquets) qui m’aura été assez utile.

Le vélo est lourd : 21 kg sans nourriture et sans les bidons. Je n’ai pourtant pas grand-chose de superflu : tout me servira sauf une lampe prise en cas de nécessité de rouler la nuit, une petite batterie de secours et le maillot de bain ! Le vélo seul pèse 11 kg, il est alourdi par mes quatre sacoches : ma sacoche de guidon, la sacoche de selle de 18 L à laquelle j’ai ajouté un petit stabilisateur très efficace, une petite sacoche au-dessus du tube de cadre horizontal qui contient un chargeur USB branché à ma roue dynamo, la batterie de secours et la connectique et enfin une petite sacoche sous le tube horizontal qui contient principalement un vêtement à manches longues en cas de besoin dans la journée. J’ai aussi, fixée à l’un des fourreaux de la fourche, une bâche de chantier prévue pour emballer, avec quelques accessoires, le vélo pour mon retour en TGV (800 g de plus) ; cette bâche me servira aussi de tapis de sol.

Pour me donner un jour de marge, j’avais décidé de me donner un huitième jour et annoncé aux organisateurs un départ le mardi 2 juin, mais face à la pluie et aux orages prévus ce jour-là, je reviens à mon choix initial et démarre le mercredi 3 juin.

J1 Melun- La Charité sur Loire (218 km, D+ 1490 m). Départ un peu avant 7 h de la gare de Melun atteinte par le RER R depuis la gare de Lyon où je suis allé à vélo (11 km en plus). Il a plu la veille et c’est heureux car du coup les parties sableuses dans la forêt de Fontainebleau portent un peu mieux. Etape globalement roulante, en partie sur le parcours de « la Scandibérique ». Je suis bien content lorsque la trace longe le canal du Loing ou le canal de Briare sur la voie verte ; sur les chemins c’est souvent plus difficile. Mon GPS en charge m’indique régulièrement « perte de l’alimentation extérieure », ce qui m’inquiète. Je vérifie plusieurs fois les branchements, achète un nouveau câble à Montargis… Finalement je réussirai à toujours charger mon téléphone et mon GPS… n’arrivant toutefois pas à atteindre la charge complète sur les deux étapes les moins roulantes. Dans l’après-midi un bruit de transmission me préoccupe aussi et je me dis que cela ne va pas être très agréable de rouler sept jours avec ce bruit. En fait c’est tout simplement la roue arrière que je n’ai pas assez serrée lorsque j’ai changé de pneu ! Ravitaillement à Chatillon sur Loire car après ce sera trop tard. Les abords de Sancerre sont très raides même sur la route et comme cela ne suffit pas, la trace prend des chemins encore plus raides. Première poussée du vélo le long du cimetière… mais une fois dans le centre de Sancerre je suis applaudi par une jeune femme assise à la terrasse d’un café ; toujours bon à prendre ! Malgré l’heure tardive je décide de respecter mon programme, bien ralenti par un vent bien fort qui ne me quittera pratiquement pas jusqu’à la fin du voyage, et d’aller jusqu’au camping de La Charité que j’atteins à la nuit tombante (message pour le responsable sécurité : le gilet jaune avait bien été enfilé). Le camping est fermé par un portillon avec un digicode, un panneau annonce qu’il est strictement interdit de s’installer en dehors des heures d’ouverture du bureau. Heureusement de jeunes Allemands ont pitié de moi, ils m’ouvrent le portillon et me donnent le code… Je peux donc monter mon double toit non loin d’un randonneur qui est sur la Scandibérique, et prendre une bonne douche. Il pleuvra un peu plus tard.

J2 La Charité – Ebreuil (178 km, D+ 1600 m) Départ 6 h 40. En sortant du camping je tombe sur trois cyclistes qui sont sur « la vie de château », une grande traversée de France de Stéphane Gibon cette année de Montpellier à Angers. Plus tard à Nevers difficilement atteint par des chemins pas bien roulants je rencontre trois autres cyclistes dont une femme qui sont aussi sur « la vie de château ». La trace longe la Loire puis rejoint la voie verte le long du canal latéral à la Loire. Enfin ça roule un peu, mais je m’arrête déjeuner alors que je n’ai même pas fait 70 km. De la pluie dans l’après-midi et encore des parties peu roulantes après Moulins le long de l’Allier. Je progresse beaucoup moins rapidement que prévu. Je finis par atteindre Saint Pourçain sur Sioule et m’arrête dans la même pâtisserie qu’un an avant dans le cagnard de la fin du BRM 600 des Volcans. Souvent de belles vues lointaines en approchant de Charroux atteint par des pentes bien raides, heureusement sur goudron. Très joli village où je profite d’un point d’eau parfait pour un rafraichissement et le lavage de mon maillot qui séchera bien vite sur moi car il fait de nouveau beau et chaud. Je pensais atteindre rapidement le camping d’Ebreuil, mais la descente de Charroux dans les herbes hautes n’est pas très agréable. Le gérant du restaurant du camping veut bien que je m’installe à condition de laisser ma carte d’identité jusqu’à l’ouverture du bureau le lendemain vers 9 heures… donc je renonce et m’installe à presque 21 h dans un jardin public au bord de la Sioule, pas mal caché par un bosquet.

J3 Ebreuil – 15 km après Issoire (147 km, D+ 2230 m) Départ à 7 h, une boulangerie est ouverte. Très vite je trouve des pentes raides et des chemins bien caillouteux. Dans certaines descentes je me dis que nos vélos sont solides pour supporter ce qu’ils endurent. Attention si la sacoche de guidon n’est pas bien fermée, je perdrai comme ça une mitaine.

Alors que je me suis arrêté car une partie de mon déjeuner a été éjectée sur un chaos, je suis rattrapé par un vététiste qui est sur la GTMC (Grande Traversée du Massif Central) que j’avais parcourue en 2009 de Clermont-Ferrand à Montpellier. Nous bavardons un moment et échangeons sur la qualité des chemins que nous empruntons. Bien sûr ça y est, le Massif Central est bien là, avec ses volcans, en particulier le Puy de Dôme tout proche et des vues magnifiques. Je décide dès que cela devient trop raide de ne pas insister et de pousser le vélo : ça va à peine moins vite et c’est beaucoup moins fatigant et par chance j’ai des chaussures qui ne sont pas inconfortables lorsque je marche.

A Clermont je dois régler le dérailleur avant, heureusement j’ai pensé à prendre la petite clé alène qui permet ce réglage en plus de mon outil multifonctions qui ne commence qu’une taille au-dessus…

En route vers Issoire je vois que Julien G, l’un des organisateurs du Challenge m’a envoyé un message pour savoir si je suis bien parti. Je lui réponds que c’est difficile, que les chemins sont caillouteux et peu roulants avec des pentes raides, surtout avec un vélo chargé. Il me répondra que si les dénivelés à venir sont pires, j’ai cependant fait le plus dur en termes de chemins peu roulants et cela s’avérera exact. En consultant le site du Tourmagne je réalise aujord’hui que nous sommes quelques-uns au CTVSceaux à connaitre Julien qui est un grand gars qui roule en fixie, que nous voyons sur certains brevets ; il était là avec son fixie sur le 200 de Sceaux 2026 !

Après Issoire, réalisant que Lempdes sur Alagnon que j’espérais atteindre est un peu loin, je passe devant de beaux coins de bivouac mais ayant repéré un cimetière, je continue dans l’espoir de faire une bonne toilette. Hélas celui-ci est fermé et maintenant je suis proche de l’A 75. Dès que je m’en suis un peu écarté, je trouve un endroit agréable au sortir d’un petit village et décide de bivouaquer sans monter la tente. Je voyage avec un micro-paquet de petites lingettes (50 g le paquet de 20) bien pratiques en l’absence de point d’eau pour faire un brin de toilette avant de se coucher !

J4 Issoire (15 km après) – Albepierre (97 km, D+ 2020 m) Départ avant 6 h 30.J’arrive assez facilement à Lempdes sur Alagnon où je trouve une boulangerie et un café (assez douteux…). Puis remontée très agréable des gorges de l’Alagnon d’abord par une route en pente douce puis sur l’autre rive par une très petite route qui suit une voie ferrée. Un peu plus tard dans un camping fermé un gars m’ouvre les sanitaires et m’offre un café. Après l’Alagnon, ça monte vers le sud-ouest du Cézalier. C’est raide, mais ça monte ! une grande partie de l’étape d’aujourd’hui est au-dessus de 1000 m d’altitude et culmine à plus de 1300 m au col de la Molède. Très beaux paysages. Lors de ma pause déjeuner près d’une fontaine je rencontre un couple de bikepackers Suisses qui font une grande randonnée en France et qui comme moi peinent dans le vent. A Murat je me ravitaille pour le soir et le lendemain matin. J’ai prévu de dormir au camping municipal d’Albepierre, j’y arrive avant 17 h 30, quel confort d’arriver si tôt ! J’avais prévu une étape courte pour récupérer un peu, ce qui me permet de retrouver mon planning initial. En plus il y a un bistrot, qui, hélas ne fait plus restaurant. Pour le paiement du camping, c’est dans une boîte aux lettres.

J5 Albepierre – Lac Charpal (129 km, D+ 2450 m) Départ 6 h 35, il fait à peine 5 ° ; il fera très chaud dans la journée. J’ai un peu de mal au démarrage mais finalement j’atteins Saint Flour sans trop de difficulté. Je fais le plein de nourriture car après il n’y aura sans doute plus rien jusqu’au lendemain à Mende, d’autant que nous sommes dimanche. Le centre-ville est animé, ce qui n’est pas toujours le cas et c’est agréable. L’étape est très belle, assez difficile avec la chaleur. Pour la première fois je passe sous le viaduc de Garabit, déception à Saint Chély d’Apcher, après 75 km, de ne pas trouver le moindre bistrot ouvert. Depuis le matin mon garmin n’affiche plus les dénivelés et les altitudes cependant les dénivelés seront bien pris en compte au passage sur Strava et l’affichage redeviendra normal après le chargement de la trace suivante. En fin d’après-midi je fais le plein d’eau chez des particuliers dans le dernier hameau traversé avant le col du cheval mort (alt 1453 m) et nous échangeons sur nos qualités de vies respectives. Arrivée vers 19 h 15 au lac Charpal où j’ai prévu de bivouaquer. Pas de baignade cette fois-ci, je ne suis pas seul dans le secteur et la baignade est interdite… Bivouac sans tente près d’une table de pique-nique ; c’est très confortable et agréable.

J6 Lac Charpal – Le Pompidou (100 km, D+ 1737 m) Départ un peu après 7 h. Comme le dénivelé du jour n’est pas extrême je me dis que c’est tout bon. J’atteins Mende sans trop de difficulté et après la côte Jalabert et ses 300 m de dénivelé, je crois que c’est presque fini. Erreur terrible, c’est après que tout s’est corsé sur les contreforts du Mont Lozère. La trace redescend à environ 750 m puis sur des chemins encore une fois très raides et caillouteux remonte à 1370 m. C’est très éprouvant mais on finit par déboucher sur une vue magnifique. Une belle descente nous fait passer près de puechs surprenants. A Florac je finis par réussir à boire un coup au comptoir d’un café restaurant. C’est encore l’heure du déjeuner, pas de place pour ceux qui ne mangent pas et je n’ai pas vraiment le temps car je n’ai fait que 55 km. Après Florac le parcours emprunte une voie verte sur une dizaine de km puis monte vers Barre des Cévennes sur une route très agréable en forêt ; hélas il faut la quitter pendant quelques kilomètres sur une piste d’exploitation forestière qui ne doit pas être souvent empruntée avant de la reprendre pour arriver à Barre. Là, bonne surprise, il y a une boutique de producteurs locaux où je peux boire un coup, me restaurer un peu et bavarder avec le tenancier et des randonneurs sympas qui étaient attablés. Jolie descente et remontée sans difficulté jusqu’au Pompidou (200 habitants), sur la corniche des Cévennes. Encore une bonne surprise, il y a une alimentation et même un café ; la patronne continue son activité pour le plaisir à plus de 93 ans ! En terrasse je bavarde avec un couple de jeunes en vacances dans le secteur. Il est francilien, elle est québecoise. J’avais lu et complètement oublié que le camping (municipal) du Pompidou était plein et réservé pour la semaine par des étudiants géologues hollandais. Sur le conseil du patron de l’alimentation je m’installe dans un petit jardin pour les enfants situé juste à côté et peux profiter des sanitaires. Le soir c’est un peu bruyant mais avec la fatigue et des boules Quiès ça passe…

J7 Le Pompidou – Nîmes (100 km – 734 m) Départ à 6 h 45 Belle descente vers la vallée Borgne, petit déjeuner à St Jean du Gard. Bien sûr la fin de parcours est moins intéressante mais ce n’est pas si mal comme approche de Nîmes. Deux pentes raides tout de même et un jardin bien agréable avec des fontaines peu avant d’arriver à la Tour Magne vers 13 h 30 où je me fais prendre en photo. Je préviens Julien (et Matthieu qui a pris la suite) que je suis bien arrivé.

Un peu plus tard alors que je bois un coup dans un bistrot devant la gare, j’entends des clients qui parlent de leurs déboires avec leurs trains. Il y a eu un problème sur les voies et c’est la cohue dans la gare ; par chance mon train, après 17 h, est prévu à l’heure. Il ne me reste plus qu’à emballer le vélo et à patienter. Dans la gare je suis assis à côté d’un monsieur avec qui je finis par engager la conversation, c’est un réfugié iranien arrivé en France après la révolution de 79 et nous parlerons politique pendant un bon moment… mais ça n’a pas grand-chose à voir avec le vélo.

Remontage du vélo à la gare de Lyon, j’ai maintenant mon coin habituel, et retour à la maison. Ça y est le challenge est bien terminé !

C’est toujours un plaisir de réaliser ses objectifs. Je dois cependant reconnaître que cela a été plus difficile que prévu (comme il est dit sur le site du Tourmagne, c’est plus facile sur son canapé que sur le terrain). Je pensais finir très en avance ou traîner un peu en chemin mais en fait ça a été plutôt une lutte pour arriver dans les temps. Les récits des participants que j’avais lus n’avaient pas vraiment éveillé mon attention sur la qualité des chemins, à l’exception d’une participante qui n’en pouvait plus des cailloux. Je n’ai pas beaucoup parlé des descentes mais j’ai souvent bien serré les freins… Quand on a fini de monter la descente n’est pas toujours une franche récompense.

Par ailleurs il faut suivre précisément la trace à plus de 98 % pour valider le challenge (99,89 % en ce qui me concerne, soit 1,1 km de la trace non parcouru) et cela empêche de modifier un peu le parcours en fonction des difficultés ou des envies.

Il reste que les régions traversées sont magnifiques et que ça a été un plaisir de les parcourir, et avant de partir d’étudier l’itinéraire sur la carte (top 25 via Openrunner en ce qui me concerne) ! Un voyage itinérant à vélo c’est pour moi le top du vélo, j’adore camper et encore plus dormir à la belle étoile lorsque c’est possible. De plus cela faisait bien longtemps que je n’avais pas fait une randonnée de sept jours ! Enfin cette randonnée a été pleine de rencontres qui, même éphémères, ont été bien agréables. Le voyage c’est ça aussi.

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